Julien ne songeait qu'à maintenir par de nouveaux exploits la tranquillité de la Gaule. Cette province se repeuplait de plus en plus; mais les ravages précédents ayant empêché la culture des terres, elles ne produisaient pas assez de grains pour la subsistance des habitants. La Grande-Bretagne était auparavant la ressource de la Gaule. On en faisait venir des blés, qui se distribuaient par le Rhin dans les contrées septentrionales. Ce transport était devenu impraticable depuis que les Barbares étaient maîtres des bords et de l'embouchure du Rhin; et les barques qu'on y avait employées, demeurées à sec depuis long-temps, étaient pourries pour la plupart. Celles qui pouvaient encore servir, étaient obligées de décharger le blé dans les ports de l'Océan, d'où il fallait le faire transporter à grands frais sur des chariots dans l'intérieur du pays. Julien résolut de rouvrir l'ancienne route d'un commerce si nécessaire. Il fit construire dans la Grande-Bretagne quatre cents barques, lesquelles, jointes à deux cents autres qui restaient, formaient une flotte de six cents voiles. Il s'agissait de les faire entrer dans le Rhin. Florentius, persuadé qu'il serait impossible d'y réussir malgré les Barbares, leur avait promis deux mille livres pesant d'argent, pour en obtenir la liberté du passage, et Constance avait consenti à ce marché. Julien, qui n'avait pas été consulté, crut qu'il serait honteux d'acheter des ennemis ce qu'on pouvait emporter de vive force: il se mit en devoir de nettoyer les bords du Rhin, et d'en éloigner les Barbares ou de les soumettre: c'étaient les Saliens et les Chamaves, peuples sortis de la Germanie. Les Saliens étaient une peuplade de Francs, qui s'étant d'abord arrêtés dans l'île des Bataves entre le Rhin et le Vahal, en avaient été chassés par les Saxons, et s'étaient fixés en-deçà du Rhin dans la Toxandrie, qui faisait partie de ce qu'on appelle le Brabant. Les Chamaves habitaient plus bas, vers l'embouchure du Rhin.

XXXVII. Les Saliens se soumettent.

Jul. ad Ath. p. 280.

Liban. or. 10, t. 2, p. 279.

Amm. l. 17, c. 8.

Zos. l. 3, c. 6.

Les Romains, pour ouvrir la campagne, attendaient les convois de vivres qui leur venaient d'Aquitaine, et qui ne pouvaient arriver avant le mois de juillet. Julien, voulant surprendre l'ennemi, se détermine à partir avant la saison. Il fait prendre à ses soldats du biscuit pour vingt jours, et marche vers la Toxandrie. Il était déja à Tongres [Tungros] lorsqu'il rencontra les députés des Saliens, qui l'allaient trouver à Paris où ils le croyaient encore. Ils étaient chargés de lui offrir la paix, à condition qu'il leur laisserait la possession tranquille du pays où ils s'étaient établis. Le prince entre en conférence avec eux; et sur des difficultés qu'il sut bien faire naître, il les renvoie avec des présents pour retourner prendre de plus amples instructions, leur laissant croire qu'ils le retrouveraient à Tongres. Mais à peine sont-ils en chemin, qu'il se met en marche sur leurs pas; et ayant détaché Sévère pour côtoyer les bords de la Meuse, il paraît subitement au milieu du pays. Les Saliens, pris au dépourvu, se rendent à discrétion, et sont traités avec clémence.

XXXVIII. Hardiesse de Charietton.

Zos. l. 3, c. 7.

Vales. ad Amm. l. 17, c. 10.