Amm. l. 20, c. 6.

Cellar. Geog. l. 3, c. 15, art. 20.

Pendant que les provinces d'Occident se détachaient de Constance par l'élection de Julien, Sapor lui enlevait deux places importantes dans la Mésopotamie. Le roi de Perse, ayant passé le Tigre à la tête d'une nombreuse armée, vint mettre le siége devant Singara. Cette ville, voisine du Tigre, à quarante milles de Nisibe[302], était défendue par deux légions[303] et par un grand nombre d'habitants aguerris. A la nouvelle de la marche des Perses, un corps considérable de cavalerie vint encore s'y renfermer. Elle était fournie de toutes les provisions nécessaires pour soutenir un long siége. Dès qu'on eut avis de l'approche de l'armée ennemie, on fit sur les remparts des amas de pierres, on mit les machines en batterie. Les soldats et les habitants garnirent les tours et les murailles, bien déterminés à se défendre contre les plus rudes assauts. Le roi, leur ayant d'abord offert, mais sans succès, une capitulation honorable, fit reposer ses troupes le reste du jour. Le lendemain au lever du soleil, il donna le signal de l'attaque par un drapeau de couleur de feu élevé sur sa tente. Aussitôt toute l'armée se mit en mouvement: les uns, portant des échelles, environnent la ville; les autres dressent les machines; d'autres couverts de claies et de madriers s'approchent pour battre les murs. Les assiégés les reçoivent avec courage; les pierres, les javelots, les balles de plomb lancées avec la fronde, les torches ardentes, ne cessent de pleuvoir du haut des murailles. L'attaque et la résistance s'opiniâtraient de jour en jour. Les plus grands efforts des assiégeants se portèrent contre une tour ronde, nouvellement rebâtie: c'était par là que les Romains avaient depuis peu repris la ville. Un énorme bélier battait cette tour avec furie; et le ciment qui n'avait pas encore eu le temps de se durcir, ni de prendre une consistance solide, rendait les pierres plus faciles à déjoindre et à ébranler. Les assiégés, de leur côté, avaient réuni en cet endroit leurs principales forces; ils n'épargnaient ni le fer, ni le feu, ni leur propre vie. Enfin après plusieurs jours d'attaque, la tour tombe avec un horrible fracas: elle ensevelit sous ses ruines une partie de ses défenseurs; les autres prennent la fuite. Les Perses se jettent dans la ville par cette brèche en poussant des cris affreux: le soldat dans sa fureur égorge les premiers qu'il rencontre. Mais Sapor arrête le carnage; il fait prisonniers les habitants avec la garnison, et détruit la ville: elle fut rebâtie dans la suite[304]. Conquise autrefois par Trajan, devenue colonie romaine[305], toujours disputée entre les Romains et les Perses, auxquels elle servait alternativement de barrière, elle coûtait plus de sang à ses possesseurs qu'elle ne leur procurait d'avantages; aussi difficile à secourir qu'à prendre, parce qu'elle était située sur un terrain stérile. Elle subsiste encore aujourd'hui sous le nom de Sindjar, dans le pays de Djézirah qui est l'ancienne Mésopotamie. Les prisonniers chargés de chaînes furent conduits aux extrémités de la Perse.

[302] Cette distance est donnée par la table de Peutinger.—S.-M.

[303] La première Flavienne, et la première Parthique.—S.-M.

[304] Il en est question dans Théophylacte Simocatta, qui écrivit l'histoire de l'empereur Maurice. Il regardait cette ville comme inexpugnable. Il la qualifie de φρούριον, c'est-à-dire château.—S.-M.

[305] Les médailles nous apprennent qu'elle portait alors les noms d'Auréliana et de Septimiana. Voy. Eckhel, t. 3, p. 519.—S.-M.

XX. Prise de Bézabde.

Amm. l. 20, c. 7, et ibi Vales.

[Acta martyr. Syr. ed. Assemani, t. 1, p. 134-140.