Soz. l. 2, c. 13.]

Lequien, Oriens Christ. t. 2, p. 1003.

Sapor s'éloigna de Nisibe. Il se souvenait des pertes qu'il avait faites devant cette ville, trois fois attaquée sans succès. Il avait d'autant moins d'espérance d'y réussir, qu'elle était alors défendue par un corps d'armée considérable, qui campait sous ses murailles. S'étant donc détourné sur la droite, il marcha vers Bézabde. C'était une place forte dans le pays nommé Zabdicène, située sur une hauteur au bord du Tigre, et munie d'un double mur dans les endroits les plus accessibles. Les Macédoniens lui avaient autrefois donné le nom de Phénica[306]; et les Romains l'avaient décorée du titre de ville municipale. La garnison était composée de trois légions[307], et d'un grand nombre d'archers du pays[308]. Sapor l'ayant environnée de son camp, vint en personne la reconnaître au milieu d'un gros de cavalerie, et s'avança jusqu'au bord du fossé. Une décharge de pierres et de flèches qui partirent des remparts, l'obligea bientôt à regagner son camp. Les hérauts qu'il envoya ensuite pour sommer la ville de se rendre, n'auraient pas été mieux reçus, s'ils n'avaient eu la précaution d'amener avec eux plusieurs prisonniers de Singara: dans la crainte de tuer ceux-ci, on n'osa tirer sur les hérauts; mais on ne leur rendit aucune réponse. Après vingt-quatre heures de repos, l'attaque commença. Elle fut dans toutes les circonstances semblable à celle de Singara; la ville fut prise de la même manière par la chute d'une tour abattue à coups de bélier. Ce qu'il y eut de singulier, c'est que le troisième jour du siége, pendant que Sapor faisait reposer ses troupes, l'évêque, nommé Héliodore[309], se montrant sur la muraille, fit signe qu'il voulait parler au roi. On lui promit sûreté; on le conduisit à la tente de Sapor. Le prélat essaya de le fléchir par la vue des pertes qu'il venait de recevoir, et des suites qui seraient peut-être encore plus funestes. Sapor, obstiné dans sa colère, jura qu'il ne lèverait le siége qu'après avoir vu périr le dernier de ses soldats. Cette entrevue donna lieu de soupçonner l'évêque d'avoir, par une indigne trahison, fourni à Sapor des éclaircissements sur l'état de la place; mais, selon Ammien Marcellin, ce soupçon était injuste. Ce qui le fit naître, c'est qu'on observa que, depuis l'entrevue, les Perses ne s'attachèrent qu'aux endroits les plus faibles. Le massacre y fut plus cruel qu'à Singara, parce que les habitants ne cessèrent pas de combattre lors même qu'ils virent l'ennemi dans la ville: ils ne cédèrent qu'à la multitude des Perses. On n'épargna ni les femmes, ni les enfants. La ville fut saccagée, et les Perses chargés de butin retournèrent dans leur camp en poussant des cris de joie. Neuf mille prisonniers, qui échappèrent au carnage, furent transplantés en Perse avec l'évêque et tout son clergé. On croit qu'ils continuèrent d'y former un corps d'église sous Héliodore et sous Dausas, son successeur, qui reçut la couronne du martyre[310]. Sapor, qui désirait depuis long-temps de se rendre maître de Bézabde, en fit réparer et fortifier les murailles; il y établit des magasins, et y laissa une garnison choisie entre les plus nobles et les plus braves de ses guerriers[311]. Il prévoyait que les Romains feraient bientôt les plus grands efforts pour recouvrer une place si importante.

[306] Rien n'indique que ce nom ait été donné à cette ville par les Macédoniens et qu'ils en aient été les fondateurs. Lebeau a été trompé par une note de Henri Valois sur Ammien Marcellin, dans laquelle cette opinion est émise, mais sans preuve. Cette phrase d'Ammien Marcellin, l. 20, c. 7, quam Phœnicam institutores veteres appellarunt, ne peut s'appliquer aux Macédoniens; elle indique bien plutôt les anciens habitants du pays. Cette ville, située au milieu du territoire occupé par une tribu de Curdes, appelée Zabdeni, dut à cette circonstance son nom de Bezabde, contraction syriaque des mots beit-Zabda, (maison ou demeure des Zabdeni). Le pays tout entier s'appelait Zabdicène. Les auteurs syriens le nomment ordinairement Bazabda ou Bakerda (le pays de Zabda ou des Curdes). La ville est sur la rive occidentale du Tigre, dans une presqu'île formée par ce fleuve, c'est à cette situation qu'elle doit son nom actuel de Djézirah-ibn-Omar, c'est-à-dire l'île du fils d'Omar. On la nomme encore Djézirah ou l'île tout simplement, et l'île des Curdes, ou l'île de Zabdita.—S.-M

[307] La seconde Flavienne, la seconde Parthique et la seconde Arménienne.—S.-M.

[308] Il est question dans la Notice de l'empire (p. 230), des cohortes de Zabdéniens, cohors Zabdenorum, qui étaient en garnison à Maiocariri, ville voisine d'Amid, dont nous avons déja parlé ci-devant, p. 283, liv. X, § 55, sous le nom de Meïacarire.—S.-M.

[309] Cet évêque n'est pas nommé dans Ammien Marcellin. C'est seulement dans les Actes des martyrs syriens, publiés par Assemani, que l'on trouve son nom et ceux des prêtres Dausas et Mariab, qui le suivirent dans sa captivité en Perse.—S.-M.

[310] Héliodore, selon les Actes syriens déja cités, mourut de maladie à Stakarta, dans le pays des Houzites ou d'Ahwaz, où il avait été déporté avec les siens. Il nomma Dausas pour son successeur. Celui-ci continua d'être évêque des Zabdéniens exilés. Il fut ensuite martyrisé en l'an 364 avec tout son clergé et une grande quantité de chrétiens.—S.-M.

[311] Armatos ibi locaret insignes origine, bellique artibus claros, dit Ammien Marc. l. 20, c. 7.—S.-M.

XXI. Retraite de Sapor.