[322] Transtigritanos reges et satrapas. Amm. Marc. l. 21, c. 6.—S.-M.
[323] On ne retrouve point ce roi dans les divers extraits que nous possédons des chroniques géorgiennes. Il se pourrait que les compilateurs modernes de ces histoires l'eussent confondu avec l'un de ses prédécesseurs appelé Mihran, celui qui établit en Ibérie le culte de J.-C. (Voyez l. IV, § 65.). Leur nom est en effet le même. Méribanès ne diffère réellement pas de Mirvan, dénomination fort commune chez les Géorgiens, et qui n'est qu'une corruption de Mirian, qui n'est guère moins usitée. Celle-ci n'est elle-même qu'une altération du nom arménien et persan Mihran, qui se présente dans les auteurs byzantins sous la forme Mirranès, et dans les anciens sous celle de Mithrinès. Ils dérivent tous du nom du dieu Mithra, qui est en persan et en arménien Mihr ou Mihir.—S.-M.
XXX. Il s'assure de l'Afrique.
Amm. l. 21, c. 7.
Après une longue délibération, Constance s'en tint à son premier plan: c'était de terminer d'abord la guerre contre les Perses pour ne laisser derrière lui aucun sujet d'inquiétude. Il devait ensuite revenir sur ses pas, traverser rapidement l'Illyrie et l'Italie, et fondre tout à coup sur Julien. Tels étaient les projets dont il se faisait illusion et dont il amusait ses officiers. Cependant pour s'assurer de l'Afrique, province importante dans une guerre civile, il y envoya Gaudentius[324], qui lui avait servi d'espion dans la Gaule. Gaudentius, timide et intéressé, avait sujet de craindre le ressentiment de Julien; et persuadé que Constance resterait victorieux, comme personne n'en doutait alors, il ne pouvait manquer de zèle pour le servir. Aussi s'acquitta-t-il parfaitement de sa commission. Dès qu'il fut arrivé, il instruisit des ordres de l'empereur le comte Crétion et les autres commandants; il leva de bons soldats; il fit venir des coureurs de la Mauritanie; il garnit de camps volants les côtes opposées à la Gaule et à l'Italie, et tant que Constance vécut, il ferma aux ennemis l'entrée du pays, quoique la côte de Sicile, depuis le Cap de Lilybée jusqu'à celui de Pachyn, fût bordée des troupes de Julien, qui ne cherchaient que l'occasion de débarquer en Afrique.
[324] Il était notarius ou secrétaire-d'état. Per mare notarium misit Gaudentium, quem exploratorem actuum Juliani per Gallias aliquamdiu fuisse præstrinximus. Amm. Marc. l. 21, c. 7.—S.-M.
XXXI. Il passe en Mésopotamie.
Amm. l. 21, c. 7 et c. 13.
Pendant que Constance s'occupait de ces dispositions, il apprit que l'armée des Perses s'approchait des bords du Tigre. Aussitôt il se mit en campagne au commencement de mai[325], et ayant passé l'Euphrate sur un pont de bateaux[326], il se rendit à Edesse, où il avait formé ses magasins[327]. De là, il envoya des coureurs pour observer la marche des ennemis. On ne savait encore en quel endroit ils passeraient le Tigre; et Constance ne pouvait se fixer dans aucune résolution. Tantôt il voulait partager son armée en divers corps pour s'étendre dans le pays, tantôt il songeait à la conduire toute entière devant Bézabde pour attaquer de nouveau cette place. Mais s'attacher ainsi à l'extrémité de la Mésopotamie, c'était ouvrir les passages à Sapor et lui donner moyen de pénétrer sans résistance jusqu'à l'Euphrate. D'ailleurs, voulant conserver son armée pour l'employer contre Julien, il craignait de la consumer dans un siége dont il avait déja éprouvé la difficulté. Cependant pour avoir des nouvelles plus sûres, il fit partir à la tête d'un grand corps de troupes Arbétion et Agilon[328], avec ordre de s'étendre sur les bords du Tigre et d'observer l'ennemi: il leur recommanda de ne point hasarder de combat, mais de se retirer dès qu'ils verraient les Perses entrer dans le fleuve, et de lui en donner avis aussitôt. Sapor, arrêté par des présages peu favorables, différait toujours le passage, et tenait les Romains en échec. Les espions et les transfuges qui se rendaient au camp, ne faisaient qu'accroître l'incertitude par la diversité de leurs rapports. Chez les Perses le secret du roi ne courait jamais risque d'être éventé: il n'était connu que d'un petit nombre de seigneurs d'une fidélité éprouvée et d'une profonde discrétion: le silence était même chez eux une divinité adorée[329]. D'ailleurs les Perses étaient rusés et trompeurs. Les deux généraux inquiétés par de fréquentes alarmes, dépêchaient sans cesse à l'empereur pour le prier de les venir joindre; ils lui représentaient que, malgré leur vigilance, ils risquaient à tout moment d'être surpris; et que si toutes les troupes n'étaient pas réunies, ils seraient infailliblement accablés. Telle était la situation de Constance, quand il apprit que Julien, ayant rapidement traversé l'Italie et l'Illyrie, était déja maître du pas de Sucques.
[325] Il existe plusieurs lois de Constance relatives au sénat de Constantinople, qui sont datées de Gephyræ (c'est-à-dire les ponts), endroit situé, selon les anciens itinéraires, à 22 milles au nord d'Antioche.—S.-M.