Grut. Thes. p. 280, no 6.

Cod. Th. lib. 15, tit. 14, leg. 5.

Dès que la saison permit d'ouvrir la campagne, l'empereur marcha vers les Alpes; et il en força le passage, ayant surpris pendant la nuit un château défendu par une forte garnison. Un comte nommé Actus, qui s'était fait prendre exprès par les ennemis, lui en ouvrit les portes. Le même jour avant midi, Magnence qui ne s'occupait que de spectacles, apprit cette nouvelle dans Aquilée au milieu d'une course de chevaux. Il fuit aussitôt avec ce qu'il put rassembler de troupes à la hâte; et n'osant retourner à Rome, où ses cruautés l'avaient rendu odieux, et sa défaite méprisable, il prit la route de la Gaule. Quelques escadrons de cavalerie, envoyés à sa poursuite, l'ayant joint près de Pavie [Ticinum], l'attaquèrent avec plus de chaleur que de prudence, et furent défaits. Tandis qu'il s'éloignait, Rome et l'Italie se déclarent pour Constance. On abat les statues du tyran; on en élève au légitime empereur avec les titres de vainqueur, de restaurateur de Rome et de l'empire, de destructeur de la tyrannie. Constance fait partir une armée navale, qui se joint à la flotte d'Alexandrie pour reconquérir Carthage et l'Afrique; il en envoie une autre en Sicile, et se rend maître du passage des Pyrénées. Toutes ces contrées rentrent avec joie sous son obéissance. Pendant le séjour qu'il fit à Milan[10], il cassa toutes les sentences injustes rendues par le tyran et par ses officiers; il remit en possession ceux qui avaient été dépouillés de leurs biens, et ne laissa subsister que les contrats civils, passés volontairement et selon les règles.

[10] Constance passa dans la Pannonie la plus grande partie de l'année 351. On voit par ses lois qu'il était à Sirmium le 26 février et le 5 mars; à Sabaria, le 8 avril; il revint à Sirmium, où il se trouvait le 27 avril, le 13 mai et le 24 juin. Il était à Milan le 3 novembre; mais bientôt il revint en Pannonie, et il était encore à Sirmium le 1er décembre.—S.-M.

XLII. Embarras de Magnence.

Jul. or. 1, p. 39 et 40.

Amm. l. 15, c. 6.

Zos. l. 2, c. 53.

Zon. l. 13, t. 2, p. 17.

Magnence ne trouvait pas même de sûreté dans les Gaules. D'un côté les barbares voisins du Rhin, couraient tout le pays; de l'autre les Gaulois soulevés par quelques-uns de leurs chefs, qui étaient restés attachés à l'empereur, avaient conjuré sa perte. Les habitants de Trèves, ayant fermé leurs portes à Décentius, avaient choisi Pœménius pour les commander et les défendre. Dans cette extrémité Magnence se serait volontiers sauvé en Mauritanie; mais outre qu'il manquait de vaisseaux, et que les passages des Pyrénées étaient gardés, il apprit que les Maures s'étaient soumis à Constance. Il essaya d'obtenir grace de l'empereur, et lui députa un sénateur. Constance regarda cet envoyé comme un espion, et lui refusa audience. Quelques évêques qui vinrent ensuite, ne demandaient pour le vaincu que la vie et quelque emploi dans les troupes. Pour toute réponse l'empereur mit en marche son armée, qui fut bientôt grossie d'un grand nombre de déserteurs. Toutes les places se rendaient; et dès cette année il ne resta plus rien à Magnence au-delà des Alpes.