Ses ministres abusaient de sa confiance: rien n'échappait à leurs désirs, et il fallait leur céder tout ce qu'ils désiraient, ou se résoudre à ressentir les effets d'une haine puissante et implacable. Dans cette cour corrompue on ne trouve qu'un seul homme digne d'estime: il se nommait Euthérius. Il était né en Arménie dans une condition libre; enlevé dès son enfance par des coureurs ennemis, il avait été fait eunuque, vendu à des marchands romains, et conduit au palais de Constantin. Son heureux naturel se développa dès ses premières années; il prit lui-même le soin de se perfectionner par l'étude des lettres, autant que le permettait sa fortune. Il avait des mœurs, beaucoup d'empressement à faire du bien, une grande mémoire, un esprit adroit, subtil, pénétrant, plein de ressources sans s'écarter jamais des règles de la justice; et l'histoire lui rend ce témoignage que, si Constant eût voulu écouter ses conseils, il n'eût point fait de fautes, ou n'en eût fait que d'excusables. On cite encore un homme de bien qui eut quelque crédit auprès de Constant: c'était Prohéresius, sophiste d'Athènes, célèbre par son éloquence, et plus encore par son attachement à la religion chrétienne; ce qui était presque sans exemple dans les sophistes de ce temps-là. Constant le fit venir dans les Gaules; et quoiqu'il ne fût vêtu que d'un simple manteau de philosophe, et qu'il marchât les pieds nus, l'empereur l'admettait à sa table entre les principaux de sa cour. Il le renvoya comblé de bienfaits, qu'on ne dit pas qu'il ait refusés, et il l'honora du titre de Stratopédarque; ce qui signifiait alors tantôt un général d'armée, tantôt le commandant d'un camp ou d'une troupe, tantôt l'intendant des vivres: dignités peu assorties au caractère d'un sophiste.

IV. Quel jugement on peut porter de Constant.

Liban. Basil. t. 2, p. 141 et 144.

Eutr. l. 10.

Sur des mémoires si contradictoires, il est difficile de porter de Constant un jugement assuré. Il est certain que la protection qu'il a accordée à l'Église, et son zèle pour le progrès et pour la pureté de la religion, méritent des éloges. Mais si l'on considère ses qualités personnelles, je croirais volontiers que son portrait a été chargé de part et d'autre, et que le mélange de bonnes et de mauvaises qualités dans son caractère s'est également prêté aux louanges de ses panégyristes et aux satires de ses ennemis. Les uns et les autres n'ont vu dans sa personne que ce qu'ils y voulaient trouver. Pour approcher le plus de la vérité, le meilleur moyen serait sans doute de consulter les auteurs contemporains, et les plus voisins de son temps; de recueillir ses vices dans les chrétiens qui lui sont si favorables, et ses vertus dans les païens qui lui sont si contraires. Mais les premiers ne lui donnent point de vices, et les autres point de vertus, si l'on en excepte un orateur mercenaire qui, faisant son éloge de son vivant, doit être compté pour rien. Le seul Eutrope adoucit un peu les traits odieux dont les autres païens le noircissent. Selon cet auteur, il montra d'abord de l'activité et de la justice; mais le dérangement de sa santé le mit hors d'état de bien faire, et la corruption de ses courtisans l'entraîna à faire le mal. Cependant, ajoute Eutrope, il se signala par ses exploits militaires, et il se fit toujours craindre de ses troupes par une sévérité de discipline qui n'avait cependant rien de cruel.

V. Caractère de Magnence.

Jul. or. 1. p. 34; 2. p. 56 et in Cæs. p. 315.

Liban. or. 10. t. 2, p. 269.

[Athan. apol. ad Const. t. 1, p. 299 et passim.]

Zos. l. 2, c. 54.