[53] Cultu purpureo a draconum et vexillorum insignibus abstracto.—S.-M.

XLI. Ursicin envoyé contre Silvanus.

Amm. l. 15, c. 5.

Cette nouvelle arrive quelques jours après à Milan, à l'entrée de la nuit. Constance, frappé comme d'un coup de foudre, assemble sur-le-champ le conseil: la crainte avait glacé les cœurs; on se regardait sans ouvrir aucun avis. Le silence fut enfin rompu par un murmure général: tous se disaient à l'oreille qu'Ursicin était seul en état de rétablir les affaires; qu'on avait eu grand tort de l'outrager par des soupçons injurieux. L'empereur frappé de ces réflexions, et les faisant lui-même, mande Urcisin par l'introducteur de la cour[54]; c'était l'inviter de la manière la plus distinguée: il le reçoit avec honneur et amitié: celui qui n'était quelques jours auparavant qu'un séditieux et un rebelle[55], est maintenant la ressource et l'appui de l'empire[56]. Les ennemis d'Ursicin, qui l'étaient également de Silvanus, applaudissaient eux-mêmes à ce choix; et pour cette fois leur joie était sincère, car en mettant aux prises ces deux capitaines, ils ne pouvaient manquer de trouver dans la perte de l'un de quoi se consoler du succès de l'autre. Ursicin voulait se justifier avant que de partir: l'empereur lui représenta avec douceur que dans un péril si pressant il n'était pas question d'éclaircissements ni d'apologies, mais de réconciliation et de concorde pour concourir unanimement au salut de l'état. On dressa le plan qu'Ursicin devait suivre; et pour faire croire à Silvanus que la cour n'était pas instruite de sa rébellion, Constance lui manda en termes très-affectueux qu'il était satisfait de ses services; qu'il lui conservait tous ses titres, et qu'il lui adressait son successeur pour l'installer dans le commandement. On fait aussitôt partir Ursicin avec dix tribuns et officiers des gardes, qu'il avait demandés pour le seconder dans sa commission. L'historien Ammien Marcellin était de ce nombre[57]. Le général sortit de Milan avec un grand cortége, qui l'accompagna fort loin hors de la ville; et quoiqu'il sentît bien que ses ennemis regardaient cette pompe comme celle d'une victime qu'on envoie au sacrifice, il ne pouvait s'empêcher d'admirer la rapidité des révolutions humaines, en comparant l'état brillant dans lequel il paraissait alors, avec le péril qu'il avait couru quelques jours auparavant.

[54] Admissionum magister.—S.-M.

[55] Orientis vorago.—S.-M.

[56] Dux prudentissimus et Constantini magni commilito.—S.-M.

[57] Avec un certain Vérinianus. Inter quos ego quoque eram cum Veriniano collega.—S.-M.

ΧLII. Déguisement d'Ursicin.

Il faisait une extrême diligence: cependant il fut prévenu par la renommée. Arrivé à Cologne, il trouva Silvanus trop bien affermi, pour pouvoir être abattu par la force. Les mécontents accouraient en foule de toutes les provinces, et s'empressaient d'offrir leurs services. Silvanus avait déja une nombreuse armée. Ursicin, soit qu'on lui eût dicté cette leçon, soit qu'il crût que la fourberie cesse de l'être quand elle s'emploie contre un rebelle, fit alors un personnage bien opposé à cette noble franchise qu'on lui attribue. Pour endormir Silvanus et l'amener insensiblement à sa perte, il feignit d'entrer dans toutes ses vues, et d'épouser toutes ses passions. Ce rôle était difficile à soutenir; il avait affaire à un homme clairvoyant: il lui fallut et beaucoup de souplesse pour plier sous la fierté d'un maître d'autant plus jaloux de sa puissance, qu'elle était moins légitime, et beaucoup de circonspection pour compasser toutes ses démarches: au moindre soupçon de déguisement, il était perdu lui et les siens. Il réussit dans ce manége trop bien pour l'honneur de sa vertu. En peu de temps il gagna entièrement la confiance de Silvanus: il était de tous ses repas, de tous ses conseils. Silvanus l'associait à ses mécontentements; les disgrâces d'Ursicin fondaient une partie de ses reproches: N'est-il pas indigne, répétait-il souvent en public et en particulier, qu'on ait prodigué les consulats et les premières dignités de l'empire, à des hommes sans mérite; tandis que de tant de travaux nous n'avons, Ursicin et moi, remporté d'autre récompense, que d'être l'un traité en criminel d'état, l'autre traîné du fond de l'Orient pour servir de but aux traits de la calomnie?