XLIII. Mort de Silvanus.
Le moment arriva qu'il fallait ou se défaire de Silvanus, ou marcher sous ses étendards. Le pays était épuisé, et le soldat qui commençait à manquer de vivres, murmurait déja, et demandait le pillage de l'Italie. Dans cette crise Ursicin, après avoir cent fois changé d'avis, se détermina à tenter quelques officiers, qu'il savait être mécontents du général, et dont il connaissait la discrétion et la dextérité. Après avoir exigé leur serment, il leur fait part de son dessein: c'était de gagner par leur entremise un corps de Gaulois et d'Illyriens[58], dont la fidélité ne tiendrait pas contre des sommes répandues à pleines mains. Ces officiers mirent en œuvre de simples soldats, qui, couverts de leur obscurité, distribuant à propos l'argent et les promesses, débauchèrent en une seule nuit un grand nombre de leurs camarades. Au lever du soleil ils s'attroupent, et formant un bataillon ils forcent l'entrée du palais, égorgent la garde, poursuivent Silvanus dans une chapelle où il s'était réfugié, et le percent de mille coups. Ursicin lui-même et tout l'empire pleura ce brave capitaine, que la calomnie avait précipité dans le crime, en persécutant son innocence, et que la noirceur de ses ennemis rendrait excusable, si aucun motif pouvait excuser la révolte contre le légitime souverain. Il ne porta la pourpre que vingt-huit jours.
[58] On voit dans Ammien Marcellin que ces corps étaient désignés par les noms de Bracati et de Cornuti. Voyez la notice de l'Empire.—S.-M.
XLIV. Joie de Constance.
Quelques jours avant la mort de Silvanus, le peuple assemblé à Rome dans le grand cirque, s'était unanimement écrié: Silvanus est vaincu. L'histoire nous fournit plusieurs exemples de ces pressentiments populaires, produits par le désir et par l'espérance, et que la superstition voudrait faire passer pour des révélations surnaturelles. La nouvelle de cette mort fut pour Constance un sujet de triomphe: il ajouta ce nouveau titre de victoire aux prospérités dont il se vantait. Sa vanité croissait sans mesure par les hyperboles de la flatterie: c'était un art que le prince encourageait de plus en plus, en méprisant et en éloignant de sa personne tous ceux qui ne le savaient pas. Il ignorait sans doute que la louange n'est d'aucun prix pour ceux auprès desquels le blâme est criminel, et le silence dangereux. Aussi avare d'éloges pour les autres qu'il en était avide pour lui-même, loin d'en accorder au succès d'Ursicin, il ne lui écrivit que pour se plaindre qu'on eût détourné une partie des trésors dont Silvanus s'était emparé: il ordonnait d'en faire une sévère recherche, et d'appliquer à la question un officier nommé Rémigius, chargé de la caisse militaire[59]. Les informations prouvèrent que personne n'avait touché à ces trésors.
[59] Rationarius apparitionis armorum magister.—S.-M.
XLV. Punition des amis de Silvanus.
Amm. l. 15, c. 6.
Jul. or. 1, p. 48 et 49; or. 2, p. 99 et 100, ed. Spanh.
Après la mort de Silvanus, on poursuivit ses prétendus complices: on mit aux fers tous ceux qu'on voulut soupçonner, et les délateurs firent très-bien leur devoir. Proculus, officier de la garde de Silvanus, se signala par son courage. Il était d'une faible complexion. Dès qu'on le vit exposé à la torture, on craignit que la rigueur des tourments ne le fît mentir aux dépens de beaucoup d'innocents. Mais la probité lui prêta des forces: la plus violente torture ne lui arracha aucune parole qui pût nuire à personne; il persista même à justifier Silvanus, protestant que la nécessité seule l'avait forcé à la révolte: il le prouvait en faisant remarquer que cinq jours avant de prendre le titre d'Auguste, ce général avait payé la montre aux soldats au nom de Constance, et qu'il les avait exhortés à continuer d'être braves et fidèles. Péménius qui avait si bien défendu contre Décentius la ville de Trèves, Asclépiodote et deux comtes francs, Lutton et Maudion, furent mis à mort avec plusieurs autres. Cependant on épargna les jours du fils de Silvanus encore enfant; et le généreux Malarich échappa à cette sanglante proscription.