Suid. in Δούλων πόλις.

Avant la défaite de Procope, Equitius, voyant que tout l'effort de la guerre se portait du côté de l'Orient, entra dans la Thrace par le défilé de Sucques, et alla mettre le siége devant Philippopolis. Cette ville nommée d'abord Eumolpias, réparée ensuite et agrandie par Philippe, père d'Alexandre, avait reçu de ce prince le nom de Ponéropolis, c'est-à-dire, la ville des méchants, parce qu'il avait ramassé pour la peupler tous les vagabonds et les scélérats de ses états. Elle quitta bientôt ce nom peu honorable, pour prendre celui de son restaurateur. On la nommait aussi Trimontium, à cause des trois montagnes sur lesquelles elle était bâtie. Elle subsiste encore aujourd'hui sous le nom de Philippopoli. C'était une place importante qui pouvait fermer le passage à Equitius, dont le dessein était de traverser la Thrace pour marcher au secours de Valens. Elle soutint le siége, et ne se rendit qu'à la vue de la tête de Procope, que Valens envoyait à son frère dans la Gaule. Equitius, naturellement dur et impitoyable, traita les habitants avec beaucoup de rigueur.

LIII.

Guerre contre les Allemans.

Amm. l. 27, c. 1 et 2.

Zos. l. 4, c. 9.

Alsat. illust. p. 415, 416.

Valentinien reçut la tête de Procope, lorsqu'il venait de remporter, par la valeur de Jovinus son général, trois victoires sur les Allemans. Cette nation que Julien avait tant de fois vaincue, ayant rétabli ses forces pendant une paix de quatre années, envoya dès le mois de janvier plusieurs corps de troupes qui passèrent le Rhin sur les glaces, et se répandirent dans le pays où ils firent beaucoup de ravages. Charietton, dont nous avons raconté les aventures[502], commandait alors dans les deux Germanies avec le titre de comte[503]. Il rassembla ses meilleures troupes, et se joignit au comte Sévérianus, qui était en quartier à Châlons-sur-Marne [Cabilo], avec deux cohortes[504]. S'étant réunis ils marchèrent en diligence, et après avoir passé un ruisseau sur un pont, ils aperçurent l'ennemi qui, sans leur laisser le temps de se mettre en bataille, fondit sur eux avec tant de violence, que les Romains culbutés dans le ruisseau se débandèrent et prirent la fuite. Sévérianus, vieillard sans force, fut abattu de cheval et tué par un cavalier ennemi[505]. Charietton perdit aussi la vie, pendant qu'il s'efforçait et par ses reproches et par ses exemples d'arrêter d'une part les fuyards, de l'autre la fougue des vainqueurs. Les Allemans enlevèrent l'enseigne des Bataves[506], et l'emportèrent dans leur camp en exprimant leur joie par des danses et des chants de victoire. C'était pour eux un glorieux exploit, et dans les batailles suivantes, ils portèrent cette enseigne comme un trophée, jusqu'à ce qu'on l'eût arrachée de leurs mains.

[502] Voyez ci-devant, l. X, § 38 et 39, t. 2, p. 260 et 263.—S.-M.

[503] Tunc per utramque Germaniam comes. Amm. Marc. l. 27, c. 1.—S.-M.