[504] C'étaient les Divitenses et les Tungricani.—S.-M.
[505] Ammien Marcellin dit seulement l. 27, c. 1, qu'il fut renversé de son cheval et blessé d'un trait, equo deturbatum, missilique telo peroffensum. Il est évident qu'il ne périt pas en cette occasion, puisque le 17 mai suivant Valentinien lui adressa une loi que nous possédons encore.—S.-M.
[506] Ammien Marcellin dit, l. 27, c. 1, que c'était l'enseigne des Hérules et des Bataves, Ærulorum Batavorumque vexillum.—S.-M.
LIV.
Valentinien veut punir les fuyards.
L'empereur, qui s'était avancé jusqu'à Rheims, n'eut pas plus tôt appris cette fâcheuse nouvelle, qu'il se rendit au lieu du combat. Ayant rallié ses soldats dispersés, il s'informa avec soin du détail de l'action. Il reconnut que la cohorte des Bataves avait été la première à fuir. Il ordonna aussitôt à toute l'armée de prendre les armes; et l'ayant assemblée dans une plaine voisine, après avoir déchargé sa colère sur les Bataves par des reproches sanglants, il leur commanda de mettre bas les armes; il les déclara esclaves, et permit à quiconque voudrait de les acheter et de les transporter où il jugerait à propos. Les Bataves consternés et couverts d'opprobres restaient immobiles. Alors toute l'armée se prosterne aux pieds de l'empereur; elle le supplie de ne pas éterniser par cet affront la mémoire de leur défaite. Tous les soldats protestent pour eux et pour les Bataves, qu'ils sont prêts à laver leur honte dans le sang des ennemis. Valentinien se laissa fléchir, et les sommant de leur parole, il mit à leur tête Jovinus, général de la cavalerie, avec ordre d'aller chercher les Allemans qui s'étaient divisés en trois corps séparés l'un de l'autre[507].
[507] Ammien Marcellin rapporte, l. 27, c. 2, qu'à la nouvelle de cette défaite, Dagalaïphe partit de Paris d'après l'ordre de Valentinien, pour marcher contre les Barbares; mais qu'il revint bientôt sans les avoir rencontrés, ou même sans les avoir attaqués. Il y a confusion dans cet auteur, il ne peut y être question d'un fait arrivé après que les Allemans eurent passé le Rhin au mois de janvier, puisqu'il dit que bientôt après Dagalaïphe fut nommé consul. Il est évident qu'il s'agit, dans cette occasion, de la première invasion des Allemans à la fin de l'an 365. Voyez sur ce point Tillemont (Valentinien, note 23).—S.-M.
LV.
Victoires de Jovinus.
Jovinus n'avait pas moins de circonspection et de prudence que de bravoure et d'activité. Marchant en ordre de bataille, toujours attentif à couvrir ses flancs dans la crainte de quelque embuscade, il arriva près de Scarponna. Ce n'est maintenant qu'un hameau nommé Charpeigne à une lieue au-dessus de Pont-à-Mousson[508]. Il y surprit les ennemis qui n'eurent pas le temps de se mettre en défense, et par une attaque prompte et vigoureuse il détruisit entièrement ce corps de troupes. Profitant du premier succès, il s'avança vers un autre corps, qui, après avoir pillé les villages voisins, campait près de la Moselle[509]. S'en étant approché au travers d'un vallon couvert de bois, il trouva les Allemans dispersés sur les bords du fleuve; les uns se baignaient, les autres peignaient leur longue chevelure, et travaillaient à lui donner, selon leur coutume, une couleur rousse et ardente[510]; la plupart s'amusaient à boire ensemble. Il fait à l'instant sonner la charge, et tandis que les ennemis poussant des cris menaçants courent à leurs armes et s'empressent de former leurs bataillons, il fond sur eux et les taille en pièces. Il ne s'en sauva qu'un petit nombre à la faveur des défilés et des forêts. Ces deux corps étant entièrement défaits, il en restait un troisième beaucoup plus nombreux, qui ayant pénétré plus avant dans le pays, était campé près de Châlons-sur-Marne[511]. Jovinus, pour achever sa victoire, marche promptement de ce coté-là, et trouve les ennemis bien préparés à le recevoir. S'étant campé avantageusement, il fait reposer ses soldats. Dès que le jour paraît, il range son armée en bataille. Elle était inférieure en nombre; mais le général sut par la disposition de ses troupes masquer ce désavantage. Au signal donné les deux armées s'ébranlent. Les Allemans parurent d'abord effrayés à la vue des enseignes de leur nation[512], qu'ils apercevaient dans l'armée romaine; ils s'arrêtèrent, mais bientôt le désir de la vengeance les enflammant d'un nouveau courage, ils en vinrent aux mains. On se battit tout le jour. La victoire n'aurait pas été si long-temps disputée, sans la lâcheté du commandant des troupes légères, nommé Balchobaudes[513], officier aussi fanfaron hors de l'action que poltron dans l'action même. Dans le fort du combat, il se retira avec sa troupe. Un si mauvais exemple pouvait rendre cette journée funeste à l'empire; mais les autres corps continuèrent à combattre avec tant de valeur, qu'ils tuèrent aux ennemis six mille hommes, et en blessèrent quatre mille; ils en eurent de leur coté douze cents de tués et deux cents de blessés.