[752] C'est le nom consacré par les Grecs, pour désigner ces oratoires où les Perses entretenaient un feu perpétuel; c'est de cet usage que venait le nom de ces lieux d'adoration; il dérivait du mot πῦρ, qui signifie feu en grec. On les appelait en persan adergah ou ateschgah, c'est-à-dire lieu du feu. Les Arméniens les nommaient adrouschan et krakadoun, ce qui revenait au même. Les Persans n'avaient pas à proprement parler d'autres temples, et c'est pour cela qu'ils désignaient, par le nom d'Ader ou feu, tous les édifices consacrés à la célébration de leurs cérémonies religieuses, comme, par exemple, l'Ader Bahram, l'Ader Goschasp, l'Ader Bourzin, etc.—S.-M.
[753] Voyez ce que j'ai dit au sujet de cette princesse, ci-devant, p. 281, not. 4, liv. XVII, § 6.—S.-M.
[754] Les anciens et les auteurs du moyen âge donnent le nom de Chaldée à tout le territoire qui sépare Trébizonde de la Colchide, s'étendant au midi jusqu'aux montagnes qui donnent naissance à la partie supérieure de l'Euphrate, à l'Araxe, au Cyrus et à l'Acampsis qu'on appelle actuellement Tchorokh et qui se jette dans le Pont-Euxin. Ce nom n'est pas encore tout-à-fait perdu dans le pays. La dénomination de Keldir ou Tcheldir y est encore en usage. Les bornes de cette note ne me permettent pas d'entrer dans les détails, qui seraient nécessaires pour expliquer l'origine de cette appellation singulière, donnée à une région si éloignée de Babylone et de l'autre Chaldée. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 327.—S.-M.
LX.
[Adresse de la reine Pharandsem.]
[Amm. l. 27, c. 12.]
—[Les deux traîtres, à qui Sapor avait enjoint de faire tous leurs efforts pour réduire le château d'Artogérassa et se rendre maîtres de Pharandsem, n'avaient point oublié de mettre ses ordres à exécution. Ils étaient venus] mettre le siége devant la place[755]. Comme elle était bâtie sur une montagne escarpée, et que les neiges et la rigueur de l'hiver en rendaient les approches encore plus difficiles[756], Cylacès prit la voie de la négociation. Accoutumé à gouverner des femmes[757], il se flattait de tourner à son gré l'esprit de la reine. Il en obtint sûreté pour lui et pour Artabannès; ils se rendirent tous deux dans la place. Ils prirent d'abord le ton menaçant, ils conseillaient à la reine d'apaiser par une prompte soumission la colère d'un prince impitoyable. Mais la princesse plus habile que ces deux traîtres, leur fit une peinture si touchante de ses malheurs et des cruautés exercées sur son mari; elle leur fit valoir avec tant de force ses ressources et les avantages qu'ils trouveraient eux-mêmes dans son parti, qu'attendris à la fois et éblouis de nouvelles espérances, ils se déterminèrent à trahir Sapor à son tour. Ils convinrent que les assiégés viendraient à une certaine heure de la nuit attaquer le camp, et promirent de leur livrer les troupes du roi. Ayant confirmé leur promesse par un serment, ils retournèrent au camp, et publièrent qu'ils avaient accordé deux jours aux assiégés pour délibérer sur le parti qu'ils avaient à prendre. Cette suspension d'armes produisit du côté des Perses la négligence et la sécurité. Pendant que les assiégeants étaient plongés dans le sommeil, une troupe de brave jeunesse sort de la ville, s'approche sans bruit, pénètre dans le camp, égorge les Perses, la plupart ensevelis dans le sommeil, et n'en laisse échapper qu'un petit nombre. [Pharandsem] ne fut pas plutôt délivrée, qu'elle fit sortir de la place son fils Para, et l'envoya sur les terres de l'empire[758]. Valens lui assigna pour asyle la ville de Néocésarée dans le Pont[759], où il fut traité[760] avec tous les égards dus à son rang et aux anciennes alliances de sa famille avec l'empire[761].
[755] Iniere ut statutum est obsidium duces. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.
[756] Et quoniam munimentum positum in asperitate montana, rigente tunc cælo nivibus et pruinis, adiri non poterat. Amm. Marc. l. 27, c. 12. C'est sans doute à sa situation sur une montagne très-élevée que le fort d'Artogérassa devait le nom de Kapoïd, c'est-à-dire bleu, que lui donnaient les Arméniens. Voyez t. 2, p. 241, not. 2, liv. X, § 22.—S.-M.
[757] Eunuchus Cylaces aptus ad muliebria palpamenta. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.