[768] Hoc comperto textu gestorum Sapor ultra hominem efferatus, concitis majoribus copiis Armenias aperta prædatione vastabat. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.
[769] Cujus adventu territus Para, itidemque Cylaces et Artabannes, nulla circumspectantes auxilia, celsorum montium petivere recessus, limites nostros disterminantes et Lazicam. Amm. Marc. l. 27, c. 12. Il s'agit ici de la région montagneuse qui s'étend au midi de Trébizonde et qui s'appelait autrefois la Chaldée, ou le pays des Tzannes. Quant aux Lazes qui donnaient alors leur nom à la Colchide et qui le lui donnèrent encore pendant plusieurs siècles, on voit par le témoignage des auteurs anciens et de Pline, en particulier, l. 6, c. 4, que c'était originairement une des peuplades barbares qui occupaient le rivage qui s'étend de Trébizonde jusqu'aux rives du Phasis. Comme plus tard il sera souvent question de ce peuple dans cette histoire, je donnerai alors à son sujet quelques détails plus particuliers. Cette nation subsiste encore dans les mêmes régions et avec le même nom.—S.-M.
[770] Ubi per silvarum profunda et flexuosos colles mensibus quinque delitescentes, regis multiformes lusere conatus. Amm. l. 27, c. 12.—S.-M.
[771] Qui operam teri frustra contemplans sidere flagrante brumali, pomiferis exustis arboribus, castellisque munitis et castris quæ ceperat superata vel prodita, cum omni pondere multitudinis Artogerassam circumseptam, et post varios certaminum casus lassatis defensoribus patefactam incendit. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.
LXIII.
[Mort de Pharandsem.]
[Amm. l. 27, c. 12.
Faust. Byz. l. 4, c. 55.
Mos. Chor. l. 3, c. 35.]
—[Les succès du jeune roi d'Arménie, n'avaient été ni assez grands, ni assez durables, pour amener la délivrance de la reine sa mère; cette princesse était toujours dans la forteresse d'Artogérassa, bloquée par un corps d'armée persan. Des messagers intelligents, avaient plusieurs fois trompé la vigilance des troupes qui observaient la place, et étaient venus lui annoncer un prochain secours, et ranimer le courage de la garnison; mais cependant le siége se continuait, et la position de Pharandsem devenait de plus en plus critique. La nouvelle irruption de Sapor lui ôta toute espérance de salut. Les attaques des assiégeants ne furent pas plus vives: le château, fort par sa situation seule, avait peu à redouter de leurs tentatives[772]; mais depuis long-temps le manque de vivres s'y faisait sentir. Il produisit des maladies contagieuses, qui firent bientôt d'effrayants progrès. La reine eut la douleur de voir périr, l'un après l'autre, presque tous ses vaillants défenseurs; le reste, épouvanté d'un siége aussi long et aussi opiniâtre, croyait sentir, dans les maux dont il était accablé, un effet de la vengeance divine, qui poursuivait les crimes de cette princesse. Le découragement était à son comble, quand Sapor lassé de poursuivre le roi d'Arménie, vint en personne pour presser la reddition de la forteresse. On soutint encore vigoureusement les premiers assauts; mais bientôt on ne put y suffire, et il fallut songer à se rendre; les combattants manquaient; la plupart avaient succombé; bien peu des onze mille guerriers qui s'étaient enfermés dans la place, étaient échappés; les femmes au nombre de six mille qui s'y étaient aussi réfugiées, périrent toutes victimes de la contagion; la reine n'avait plus auprès d'elle que deux de ses dames; les intrigues du grand-eunuque[773], ennemi de Pharandsem, décidèrent les restes de la garnison à capituler. La reine ne démentit pas son courage dans ces circonstances extrêmes; elle ouvrit elle-même les portes de la forteresse, remettant ainsi sa personne, et tous les trésors du royaume, entre les mains d'un vainqueur impitoyable. Il y avait quatorze mois que le siége durait; les richesses et les objets précieux renfermés dans le château étaient en telle quantité, qu'on fut neuf jours à les en tirer pour les transporter en Perse. Après avoir obtenu un aussi grand avantage, Sapor mit le feu à la place et reprit la route de ses états, suivi d'une immense quantité de captifs[774], mais, comme à l'ordinaire, il déshonora sa victoire, par sa cruauté. La reine, qui s'était abandonnée à sa générosité, ne fut pas traitée avec moins d'indignité que tous ceux de sa famille qui étaient tombés entre les mains du roi de Perse; elle eut à souffrir un sort pareil à celui que les princesses arméniennes avaient éprouvé. Quand elle fut arrivée dans l'Assyrie, Sapor, pour insulter à l'Arménie et à ses rois, fit dresser un échafaud élevé, sur lequel la reine fut exposée; et là, en présence de son armée et de son peuple, elle assouvit la brutalité, de tous ceux qui furent assez lâches, pour s'associer à l'infamie de leur souverain. Tant d'outrages furent suivis d'un supplice atroce: Sapor ordonna que la malheureuse reine fût empalée. Ainsi périt cette princesse, non moins fameuse, par les événements tragiques qui la portèrent au rang suprême, que par le courage qu'elle sut montrer dans les adversités qui terminèrent sa vie, expiant bien cruellement les désastres dont elle avait été cause, en attirant sur Arsace et sur l'Arménie la colère implacable du roi de Perse[775].