[772] Cette forteresse avait déjà, sous le règne d'Auguste, résisté long-temps à tous les efforts des Romains, qui finirent cependant par s'en rendre maîtres. Caïus César, fils d'Agrippa et de Julie fille d'Auguste, dont il était l'héritier présomptif, y avait été blessé mortellement par le gouverneur Ador ou Addon, pendant l'expédition qu'il fit en Orient, en l'an 2 de notre ère. Strabon (l. 11, p. 529), Velleïus Paterculus (l. 2, c. 102) et Zonare (l. 10, tom. 1, p. 539), qui parlent de cet événement, appellent ce fort Artageras, Ἀρταγῆρας, ce qui est assez exactement le nom d'Artagérits, que les Arméniens lui donnaient.—S.-M.

[773] Au sujet de cette dignité, voyez ci-après, p. 384, n. 1, l. XVII, § 67. Lorsque Para fut rétabli sur son trône, l'eunuque qui avait trahi la reine craignit la vengeance de son souverain. Il se sauva dans le pays de Daron, et il s'y cacha dans une forteresse nommée Olénakan, située au milieu des montagnes qui sont près des sources de l'Euphrate méridional. Ce fort me paraît être le château d'Olane, dont il est question dans Strabon (l. 11, p. 529), qui le place au milieu des montagnes, situées au centre de l'Arménie, vers les bords de l'Euphrate, φρούρια ὀρεινὰ, Βαβυρσά τε καὶ Ὀλανὴ · ἦν δὲ καὶ ἄλλα ἐπὶ τῷ Εὐφράτῃ. Le connétable Mouschegh fut envoyé vers cette forteresse, pour y mettre à mort, par l'ordre du roi, ce perfide ministre. Mouschegh le fit saisir et jeter dans l'Euphrate qui était alors gelé; on fut obligé de casser la glace pour le faire périr. Sa place fut donnée à Cylacès. Voyez Faustus de Byzance, l. 5, c. 3.—S.-M.

[774] Cum omni pondere multitudinis Artogerassam circumseptam, et post varios certaminum casus lassatis defensoribus patefactam incendit: Arsacis uxorem erutam inde cum thesauris abduxit. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[775] Ammien Marcellin ne dit rien de la fin tragique de la reine d'Arménie.—S.-M.

LXIV.

[Para est rétabli de nouveau.]

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 5, c. 1.

Mos. Chor. l. 3, c. 37.]

—[Sapor ne laissa pas en Arménie des forces assez considérables, pour contenir des peuples exaspérés par les cruautés que lui ou ses lieutenants avaient commises; aussi à peine fut-il parti, que Para descendit avec les siens, des monts de la Lazique, où il était échappé aux poursuites de son ennemi. Il se remit bientôt en possession de la plus grande partie de l'Arménie; Méroujan et les officiers persans ne purent s'opposer à ses succès, il fallut qu'ils appelassent encore Sapor à leur aide. Cependant, la guerre des Goths était terminée, et Valens était enfin le maître de prendre une part plus active aux affaires de l'Orient. Sentant combien il importait à l'état, d'empêcher les Perses de consommer la ruine de l'Arménie, en la réunissant à leur empire, il renonça aux ménagements qu'il avait été obligé de garder jusqu'alors, et il prit hautement la défense de ce pays[776]. Térentius eut ordre de reconnaître le fils d'Arsace, et de le traiter en roi, allié de l'empire; mais comme il ne suffisait pas de sa déclaration, et de la présence d'un lieutenant impérial auprès de Para, pour assurer l'indépendance de l'Arménie, Valens fit partir le meilleur de ses généraux, le comte Arinthée[777], avec un corps de troupes assez puissant, pour montrer aux Perses, que l'intervention des Romains n'était pas illusoire, et pour arrêter une double attaque que les ennemis préparaient contre l'Arménie[778]. Aussitôt que Méroujan fut informé de l'approche d'Arinthée, il se hâta de concentrer toutes les forces persannes qui étaient à sa disposition, et de les joindre à ses soldats propres, et aux Arméniens de son parti; puis il s'avança contre les Romains. Il était venu camper dans le canton de Taranaghi[779] sur les bords de l'Euphrate, qui le séparait du territoire de l'empire, et il y présenta la bataille à Arinthée. Le connétable Mouschegh, se réunit aux Romains avec un corps de dix mille hommes; c'était tout ce qu'il avait pu rassembler, mais ces guerriers étaient animés par la présence du patriarche Nersès, qui ne cessait de les exhorter à combattre vaillamment, pour venger les désastres de leur patrie. Quand leur jonction fut opérée, les Arméniens et les Romains marchèrent aux ennemis; on s'attaqua avec fureur, les Arméniens surtout, et Mouschegh à leur tête, combattirent avec une sorte de rage, tant ils étaient enflammés par le souvenir des maux que leur avaient faits les Persans. Leurs adversaires ne déployèrent pas moins de courage, mais à la fin, ils furent contraints de laisser la victoire aux Arméniens et à leurs alliés; les généraux persans Zik et Caren restèrent sur le champ de bataille, et Méroujan, réduit à s'enfuir au plus vite, regagna la Perse presque seul. Cette victoire délivra l'Arménie, tous les forts occupés par les ennemis se rendirent, ceux qui avaient résisté jusqu'alors furent débloqués, et les gouverneurs reçurent la récompense due à leur courage et à leur fidélité. Parmi ces places, était le château de Darioun, au milieu des montagnes de la province de Gok[780]; il contenait une partie considérable des trésors d'Arsace, échappés à la rapacité de Sapor. Mouschegh, qui s'était mis promptement en mesure de profiter de la grande victoire qu'on venait de remporter, avait vu accroître rapidement le nombre de ses guerriers; il parcourait le pays, renversant les pyrés construits par les Persans, et relevant les églises et tous les édifices religieux qui avaient été détruits. Des cruautés se mêlèrent à tant de succès, Mouschegh fit écorcher vifs tous les Persans de distinction qui tombèrent entre ses mains; il voulait venger la mort de son père, qui avait subi un pareil supplice.