Amm. l. 23, c. 1.

Liban. vit. p. 43 et 44, or. 4, p. 170 et or. 8, p. 227.

Tout annonçait une guerre sanglante. Les grands préparatifs de Julien faisaient penser que l'année qui commençait, allait terminer l'ancienne querelle entre les deux empires, et décider enfin laquelle des deux nations devait commander à l'autre. Jamais les Romains et les Perses n'avaient vu dans le même temps à la tête de leurs armées deux princes plus habiles, plus intrépides et plus heureux. Julien prit le consulat pour la quatrième fois, et se donna pour collégue Salluste, préfet des Gaules[48]. La ville de Rome lui ayant envoyé une députation de plusieurs sénateurs distingués par leur naissance et par leur mérite, il leur conféra des dignités. Il fit Apronianus[49], préfet de Rome; Octavianus, proconsul d'Afrique; Vénustus[50], vicaire d'Espagne, et Aradius Rufinus, comte d'Orient, à la place de Julien qui venait de mourir. L'empereur avait chargé Libanius de préparer un discours pour la solennité de son consulat: c'était demander un panégyrique. Nous avons celui que prononça ce sophiste. Il s'en faut beaucoup que le lecteur en doive être aussi content que le fut l'empereur. Julien applaudissait à ses propres éloges avec un enthousiasme qui ne répondait ni à la modestie d'un philosophe, ni à la gravité d'un prince. Ces premiers jours furent employés en sacrifices dans tous les temples de la ville.

[48] Ammien Marcellin remarque que depuis le consulat de Dioclétien et d'Aristobule, c'est-à-dire depuis l'an 285, aucun particulier n'avait partagé la dignité consulaire avec un empereur, et videbatur novum adjunctum esse Augusto privatum, quod post Diocletianum et Aristobulum nullus meminerat gestum. Il se trompe cependant; car en l'an 288, Januarius avait été consul avec Maximien.—S.-M.

[49] On croit que ce préfet était L. Turcius Secundus Apronianus, fils de L. Turcius Apronianus, préfet de Rome en 339.—S.-M.

[50] On pense qu'il s'appelait L. Ragonius Vénustus.—S.-M.

XXIX.

Mauvais présages.

L'attente des grands événements de cette année éveillait la superstition. On croyait voir partout des présages; et comme les songes, selon qu'ils sont gais ou tristes, indiquent la température actuelle des humeurs, de même les chimères dont on s'occupait alors n'ayant rien que de sombre et de funeste, marquaient la crainte et l'inquiétude des esprits. On trouvait un fâcheux pronostic dans l'inscription des statues et des images du prince, quoiqu'elle ne présentât que les titres ordinaires: Julianus Felix Augustus. Le comte Julien et le trésorier Félix étant morts depuis peu d'une manière tragique, on regardait l'arrangement de ces trois mots comme une liste mortuaire, où l'empereur était compris. Le premier jour de janvier, pendant que Julien montait les degrés du temple du Génie, le plus âgé des pontifes tomba mort à ses côtés. La mort subite du pontife annonçait, disait-on, celle d'un personnage éminent. Les courtisans appliquaient ce présage au consul Salluste: le peuple craignait pour Julien même. On apprit dans ce même temps qu'un tremblement de terre s'était fait sentir à Constantinople. Suivant les règles de la divination, c'était un pronostic malheureux pour les guerres offensives. On conseillait à Julien de renoncer à une entreprise contre laquelle le ciel et la terre semblaient se déclarer. Les oracles des sibylles qu'il avait envoyé consulter à Rome, lui défendaient aussi de sortir cette année des limites de l'empire.

XXX.