Nous vous dirons les Evangueus,

Les Evangueus de Notre-Seigneur.

Je l'ai vu vif, je l'ai vu meurt (mort),

Dessus la croix, ce roi fidèle,

Qui nous éclaire à trois chandelles...

Les Evangueus, c'est-à-dire les Évangiles (primitivement evangeles),—souvenir du temps où les quêteurs de la part à Dieu étaient de pauvres récollets qui, en échange de l'aumône reçue, s'asseyaient à la mense hospitalière du donateur et y récitaient ce chef-d'œuvre de poésie narrative qu'on appelle les Évangiles apocryphes...

Bien entendu, la chanson des Evangueus a le même objet que l'Aguilé: savoir d'apitoyer les hôtes de la maison, d'obtenir d'eux quelque menu cadeau, oranges, châtaignes, pâtisserie à bon marché. L'aumône se fait sur le pas de la porte: il n'y a que dans les Ardennes où les chanteurs d'Evangueus, fidèles à de mystérieuses observances, pénètrent à l'intérieur des maisons, prennent une braise dans le foyer et la jettent à terre «pour purifier le sol».

M. H. du Plessac a raconté quelque part qu'au XIIIe siècle, la veille de l'Épiphanie, «les chanoines de chaque chapitre élisaient l'un d'eux, auquel ils déféraient le titre de roi». Revêtu de sa plus riche dalmatique, l'élu, le lendemain, une palme pour sceptre, prenait place dans la cathédrale sous un dais de drap d'or. Trois chanoines sortaient alors de la sacristie, le front ceint de couronnes. L'un était habillé de blanc, l'autre de rouge, le troisième de noir. Un diacre, précédant les trois «mages», portait au bout d'une perche cinq chandelles allumées qui figuraient l'étoile miraculeuse...

Mais voici dans le même genre quelque chose de plus touchant, et qui nous est rapporté par l'auteur de la Vie de Louis III, duc de Bourbon: