—Combien?
—Deux francs.»
C'était un peu cher; mais mon interlocutrice m'expliqua que Noël était proche, qui déterminait annuellement une hausse considérable de ce joli végétal.
«Nous l'achetons nous-mêmes en gros, sur le carreau des Halles, 1 fr. 25, 1 fr. 50 la botte... Et il y a les déchets, les baies qui se détachent, les feuilles qui perdent leur vernis... Après l'Épiphanie, monsieur, je vous donnerai la même botte pour quinze sous.»
Mais le gui, le houx, ne sont pas les seules plantes noélesques. Comment oublier encore le sapin? Il a toutes les dimensions, ce sapin de Noël: il est tantôt un géant et tantôt un nain; il tient dans un petit pot grand comme le pouce et, d'autres fois, il pourrait abriter toute une famille à son ombre. Mais, énorme ou minuscule, artificiel ou naturel, il porte toujours les mêmes fruits étranges: des joujoux, des sucreries, des oranges, des gâteaux, et il est tout illuminé par des cordons de lanternes vénitiennes. Là où il y a des enfants, soyez sûrs qu'il y a un arbre de Noël. Encore est-il bon de remarquer que, pour répandue qu'elle soit aujourd'hui, cette coutume des arbres de Noël était à peu près ignorée chez nous (sauf dans le Berry) avant la guerre de 1870. C'est à l'Alsace que nous l'avons empruntée, et il y a quelque chose de touchant dans cette adoption par toute la France d'une coutume restée purement locale jusqu'alors et qui évoque pour nous la chère province perdue. À l'arbre de Noël s'attache, d'ailleurs, le souvenir du grand Klaus, bien connu, lui aussi, des anciennes familles alsaciennes.
«Toc! Toc!
—Qui frappe à la porte?
—C'est moi, le grand Klaus, patron des petits enfants sages, qui leur apporte un sapin tout chargé de bonbons et de jouets et qui réserve aux méchants une dégelée de coups de gaule...»
Et l'huis bâillait tout large, et mein Herr Klaus entrait avec sa longue barbe de dieu polaire, ses sourcils embroussaillés, sa robe de futaine, sa hotte et son sapin. Klaus, en Alsace, est le petit nom d'amitié du vénérable évêque de Myre, saint Nicolas. Les enfants ouvraient de grands yeux, se serraient peureusement contre leurs mères, et la poignée de genêts que brandissait le bon saint leur communiquait un effroi salutaire. C'est tout ce que voulait mein Herr: le rôle de croquemitaine lui convenait assez peu et il ne l'acceptait qu'à son corps défendant. Combien il préférait les cris de joie et les claquements de mains qui succédaient à l'émotion paralysante du premier moment, quand, de sa hotte vidée sur le parquet, sortaient, pendus aux branches du fatidique sapin, les beaux polichinelles, les sacs de pralines et les ménageries d'arches de Noë!
En Lorraine, il reprenait son nom français et faisait sa tournée accompagné du père Fouettard. Mon ami René-Marc Ferry se souvient de l'y avoir rencontré déambulant au crépuscule par les rues pleines de neige.