Les hautes études exigeant une dépense de force nerveuse, un effort de tête, une tension soutenue du cerveau, qui raidit violemment tous les ressorts de l'être pensant, il semble bien que la généralité du sexe féminin soit moins capable que l'homme de subvenir aux frais de la production intellectuelle, sans porter préjudice à la reproduction de l'espèce. Doué, au contraire, d'une énergie plus résistante, pourvu d'un organisme naturellement fait pour l'action, le sexe masculin dispose d'une réserve dynamique et d'une puissance motrice qui lui permettent d'appliquer et de soutenir plus longtemps son attention, de pousser plus avant la recherche intellectuelle et la pénétration scientifique, sans d'aussi graves dommages pour la transmission du sang et la perpétuité de la famille.

L'expérience des États-Unis confirme ces inductions. Les voix les plus autorisées y attribuent déjà la décroissance progressive de la natalité à la culture excessive ou prématurée de l'intellectualité des femmes. Par exemple, le docteur Cyrus Edson, «commissaire de santé» de l'État de New-York, déclare expressément que l'Américaine dégénère: parce que, durant les années d'adolescence, sans souci des indications et des exigences de la nature, on surmène les forces mentales de la jeune fille, et que celle-ci, se trouvant plus tard trop faible pour remplir ses devoirs de femme, ne peut plus ou ne veut plus être mère. Impuissance physique ou aberration mentale, voilà donc où conduit le fétichisme des grades et des diplômes. Et qu'il est gai de vivre avec des femmes savantes! Le docteur Edson nous en prévient charitablement: «Une jeune Américaine, élevée comme nous sommes fiers de l'élever, se marie; elle est intelligente, brillante, belle, heureuse. Elle a un enfant, deux au plus; puis elle devient méconnaissable, irritable, un fardeau pour son mari et pour elle-même: c'est une malade qui ne guérira jamais [130].» Ce tableau ne pourrait-il point s'appliquer à plus d'une Française?

[Note 130: ][ (retour) ] Cité par Mme Dronsart dans le Correspondant du 10 octobre 1896, p. 137.

Dès lors, cette conclusion s'impose que j'emprunte à M. Fouillée: «Une force et une dépense d'intelligence qui, si elles étaient générales parmi les femmes d'une société, amèneraient la disparition de cette société même, doivent être considérées comme une atteinte aux fonctions naturelles du sexe [131].» Gardons-nous donc de développer à tort et à travers l'instruction féminine: la maternité en souffrirait. Certes, il est désirable que la jeune fille puisse enrichir son esprit de toutes les lumières utiles; mais veillons à ne point l'encombrer d'une érudition vaine et prenons garde surtout, qu'en la préparant aux professions compatibles avec ses aptitudes et les vertus de son sexe, elle ne soit détournée de son rôle familial, de ses fonctions domestiques, c'est-à-dire de sa vocation d'épouse et de mère. Que si la fièvre de l'instruction «intégrale» doit émousser sa sensibilité, dessécher son coeur, tarir l'héritage de dévouement et d'amour qu'elle tient de ses aïeules; que si, la concurrence individuelle l'entraînant hors de ses fonctions traditionnelles dans la mêlée brutale des égoïsmes, elle oublie peu à peu sa maison, son mari, ses enfants, pour ne songer qu'à elle-même, on verra bientôt la moralité faiblir, l'amour se corrompre et la famille se dissoudre. La femme est le soutien des bonnes moeurs: quand elle déchoit, tout s'écroule avec elle.

[Note 131: ][ (retour) ] Alfred Fouillée, La Psychologie des sexes. Revue des Deux-Mondes du 15 septembre 1893, p. 420.

CHAPITRE VI

Les infortunes de la femme savante

SOMMAIRE

I.--L'instruction et ses débouchés insuffisants.--Mécomptes et déceptions.

II.--Surmenage cérébral et débilité physique.--Inégalité des forces de l'homme et de la femme.

III.--L'instruction ne donne pas le bonheur.--Les épines de la science.--Lamentables confidences.--Le savoir et la vertu.