En deux mots, ces dames et ces demoiselles s'éprennent de science pour élever la femme dans la société et s'attaquent plus ou moins franchement au mariage pour abaisser l'homme dans la famille. Tout le féminisme est là. En quelque sentiment qu'on le tienne, quelque inquiétude qu'il éveille dans les esprits attachés aux traditions, quelque défiance même qu'il excite dans les âmes chrétiennes, il se propage, s'affirme et s'accentue dans nos idées et dans nos moeurs. Le Français, né malin, y trouve naturellement une occasion d'épigrammes faciles où sa verve se délecte innocemment. Mais sans rien perdre de ses droits, l'esprit gaulois est forcé lui-même de prendre le féminisme au sérieux. Plus moyen de l'enterrer sans phrases. Très garçon d'allure, de goût et de langage, il crie, pérore et se démène comme un beau diable. Depuis quelque temps surtout, il multiplie les conférences, les publications, les groupements, les associations et les congrès. Nous avons aujourd'hui une propagande féministe, une littérature féministe, des clubs féministes, un théâtre féministe, une presse féministe et, à sa tête, un grand journal, la Fronde, dont les projectiles sifflent chaque jour à nos oreilles et vont tomber avec fracas dans le jardin de Pierre et de Paul, sans égard pour la qualité ou la condition du propriétaire. On sait enfin que le féminisme a ses syndicats et ses conciles, et que, chaque année, il tient ses assises plénières dans une grande ville de l'ancien ou du nouveau monde. Il est devenu international.
III
Puisque les revendications féministes menacent de troubler gravement l'ordre social et familial, nous avons le droit et le devoir de demander nettement aux «femmes nouvelles» ce qu'elles attendent de nous, ce qu'elles préparent contre nous. N'ayons en cela nul souci de les embarrasser: loin de cacher leur programme, elles l'affichent. Résumons-le sans plus tarder, en lui conservant, autant que possible, sa forme vive et ingénument imagée. Aussi bien est-ce le plan général de cet ouvrage que nous tracerons de la sorte, notre dessein étant de consacrer une étude particulière à chacune des revendications qui suivent. On aura ainsi sous les yeux, dès le début de ce livre, et le cahier des doléances féministes, et l'économie générale de notre travail.
Et donc, les temps sont venus d'une ascension vers la lumière, vers la puissance et la liberté. Enfin l'esclave se redresse devant son maître, réclamant une égale place au soleil de la science et au banquet de la vie. Depuis trop longtemps, la femme est écrasée par la prépondérance masculine dans tous les domaines où son activité brûle de s'étendre et de s'épanouir.
1º Elle souffre d'une infériorité intellectuelle; car les jeunes filles ne sont pas aussi complètement initiées que les jeunes gens aux choses de la vie et aux clartés du savoir.
2º Elle souffre d'une infériorité pédagogique, parce que l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur, et les carrières qui leur servent de débouchés, sont d'un accès plus difficile pour elle que pour l'homme.
3º Elle souffre d'une infériorité économique, puisque le travail de la femme n'est nulle part aussi libre et aussi rémunérateur que le travail masculin.
4º Elle souffre d'une infériorité électorale, parce que, citoyenne ayant les mêmes intérêts que le citoyen à l'ordre politique et à la prospérité publique, elle n'a pas le droit de faire entendre sa voix dans les conseils de la nation.
5º Elle souffre d'une infériorité civile, puisque la capacité de la femme mariée est étroitement subordonnée à l'autorisation maritale.