Poursuivant son idée,--sans succès, d'ailleurs,--M. Le Foyer a soumis au Congrès le voeu additionnel suivant: «Que la loi ne régisse l'association conjugale quant aux personnes, conformément à ce qui existe déjà pour les biens, qu'à défaut de conventions spéciales, que les époux peuvent faire comme ils le jugent à propos.» A cela le Congrès n'avait rien à répondre, ayant admis la répudiation, c'est-à-dire la dissolution du mariage par la volonté d'un seul.

Voici, en substance, l'argumentation de M. Le Foyer. Il est irrationnel qu'un contrat, qui est l'oeuvre de deux consentements, puisse être détruit par le caprice de l'un ou de l'autre époux. N'est-il pas plus sensé de permettre aux futurs conjoints d'insérer dans leur pacte matrimonial une clause comme celle-ci: «Nous nous reconnaissons à chacun le droit de demander, à un moment donné, la rupture de notre union, sans que l'autre puisse y faire opposition?» Une fois admise la liberté des conventions entre époux, le divorce par volonté unilatérale devient rationnel, les intéressés y ayant acquiescé par avance. Et voyez de quel élargissement la liberté conjugale va bénéficier du même coup! Si nous avons, en France, plusieurs mariages quant aux biens, il n'y en a qu'un seul quant aux personnes: ce qui ne va pas sans assujettissements pénibles pour les époux qui diffèrent d'âge ou de caractère, de mentalité ou de tempérament. Le mariage d'aujourd'hui est un domicile étroit, «une maison toujours bâtie sur le même modèle, où l'on ne peut se loger à sa guise.» Et il arrive que plus nous allons, plus nombreux sont les conjoints qui cherchent à «s'évader de cette prison», plus nombreux sont les ménages qui préfèrent même «coucher hors des murs». Le mariage ne sera vraiment l'«association libre» que vous réclamez, que si elle comprend «plusieurs types de mariages, un certain nombre de maisons modèles adaptées aux diverses exigences, aux diverses aptitudes, où chacun puisse s'installer commodément. Au lieu de légiférer pour des cas particuliers, qu'on nous donne vite une union «souple et libérée». Et la loi, qui n'a été qu'un instrument de domination pour le passé et qui doit être un instrument d'émancipation pour l'avenir, aura fondé la «liberté conjugale».

Ce langage est la logique même. Mais cette logique est effrayante. J'en atteste ce court dialogue emprunté aux débats du Congrès de 1900: il met à nu toutes les licences effrénées de l'union libre.

M. Viviani.--Supposons que les futurs époux aient le droit de faire tel contrat qui leur plaira, relativement à leur personne: la femme pourra-t-elle stipuler qu'elle aura un domicile séparé de celui de l'homme?

M. Le Foyer.--Parfaitement.

M. Viviani.--L'homme et la femme pourront-ils se donner réciproquement la permission, non seulement d'avoir un domicile séparé, mais encore de vivre chacun avec une autre personne?

M. Le Foyer.--Parfaitement.

M. Viviani.--L'homme et la femme pourront-ils s'accorder l'un à l'autre le droit d'admettre, en participation, à leur héritage respectif les enfants qu'il leur plaira d'avoir hors mariage?

M. Le Foyer.--Parfaitement.

M. Viviani.--L'homme et la femme auront-ils la faculté de se réserver leur liberté personnelle et de convenir que, dans un délai de trois ou cinq ans, chacun pourra répudier son époux?