Il se rendait aux séances de la Chambre.

Parfois il prenait la parole avec une logique et un bon sens écrasants. Il était concis et précis, deux rarissimes qualités.

Il parlait, car il voulait qu'on vît son nom à l'Officiel. C'était une excuse pour l'abandon dans lequel il tenait les siens, et M. Châtenay pouvait s'écrier en brandissant son journal:

—Hélène, encore un discours superbe de ton mari. Il fait son chemin, le gaillard!

Ce n'était pas seulement dans la politique. Il ne s'en occupait qu'avec répugnance, haïssant les discussions oiseuses, les avidités de places, les courses au clocher de fonctionnaires se ruant les uns sur les autres.

Duvernet lui-même commençait à se lasser de sa tâche.

Après un mois de pouvoir, il était empêtré dans la glu des bureaux, comme les autres, harcelé par les milliers de subalternes inutiles, embarrassé par la multitude des rouages de la machine gouvernementale comme un plaideur dans le dédale de la procédure ou une armée par ses bagages. Il en avait assez de ces travailleurs qui arrivent à dix heures, taillent une plume, calligraphient cinq lignes à leur belle et s'en vont déjeuner pour rentrer à deux heures, tailler une seconde plume, lire un journal, écrire une seconde lettre à une autre belle, l'expédier par le municipal, remettre leurs papiers et leurs instruments de travail en place, brosser leurs habits, en secouant la poussière des paperasses, et s'acheminer doucement, sur les quatre heures, vers les Champs-Élysées et le Bois, où ils étendent leurs abatis au bon soleil de la flânerie parisienne.

Il n'essayait plus de faire le bien et de rien changer aux engrenages dans lesquels il se laminait à son tour; il se garait des sottises et des fautes, comme un cocher qui se tire à côté des ornières sans entreprendre de réparer le chemin.

Entre deux visites, il écrivait des lettres interminables, pleines de sentiment et de désillusion de tout, excepté de l'amour pur dans lequel il voulait désormais cloîtrer sa vie.

Il avait voulu tout connaître; il était désabusé.