Au delà encore la ferme modèle exploitée par le châtelain.
Le tout forme un ensemble pittoresque, le rêve du paysagiste, entouré de jardins féeriques au milieu desquels, sous des amoncellements de plantes rustiques, de fusains, de viornes ou de clématites, on remarque les vestiges de cloîtres écroulés, des fûts de colonnes restés debout, cachés par des glycines ou des bignonias, et çà et là des murs de réfectoire ou de préau qui soutiennent maintenant des espaliers comme de simples clôtures de potager.
C'est, on le sait déjà, le centre du très important domaine qui appartient à une ancienne famille de robe, représentée par un fils unique, Maurice Chazolles. Le domaine, agrandi par des acquisitions successives, comprend des fermes, des prairies, des étangs, des landes et des bois très étendus qui confinent aux immenses forêts de l'État connues sous le nom du Perche et de la Trappe.
Ce Maurice Chazolles, à cheval sur les deux plantureuses provinces du Perche et de la Normandie, était certes un des plus prospères richards qui existassent à vingt lieues à la ronde dans ces contrées privilégiées.
Sa famille jouissait d'une fortune considérable depuis un temps immémorial. On y était solidement bâti, à chaux et à sable, comme on dit dans le pays. On y mourait vieux. Son père seul avait rompu la tradition en se laissant terrasser vers la soixantaine par une maladie due à des excès de jeunesse, quand ses ancêtres n'avaient jamais plié bagage avant quatre-vingt-dix ans bien comptés et révolus.
Au Val-Dieu, en outre, on devait à l'air vivifiant, à l'odeur saine des bois, à l'activité des champs, aux exercices violents de la chasse, à l'absence surtout de ces soucis qui, la plupart du temps, énervent et abattent les plus fortes natures, une santé robuste, une belle humeur et une tranquillité d'esprit qui sont peut-être, avec un peu de modération dans les appétits, les biens les plus désirables et les plus faciles à conquérir, et, somme toute, les moins recherchés.
Maurice Chazolles avait reçu de son père une centaine de mille francs de rentes en bonnes terres.
Il aurait pu vivre à Paris, mais la grande ville ne l'avait pas séduit jusque-là. Il était enraciné au Val-Dieu comme une souche, et les délices de la moderne Circé n'exerçaient pas sur lui leur dépravante attraction.
Au sortir de Louis-le-Grand, dont il avait été l'étoile, et après un court passage à l'École de droit, il était venu vivre auprès de son père, atteint déjà de la maladie qui devait l'emporter.
Pour le fixer près de lui et occuper ses loisirs, le vieux Chazolles n'avait trouvé rien de mieux que de marier son fils de très bonne heure.