Le seigneur roturier du Val-Dieu avait donc épousé, peu après son arrivée à la campagne, une fille charmante, Hélène Châtenay, l'une des deux héritières—l'autre venait de naître, en coûtant la vie à sa mère,—d'un banquier parisien retiré des affaires avec une très grosse fortune, et dont le château, Grandval, est situé à trois lieues du Val-Dieu, de l'autre côté de la forêt qui les sépare.
Hélène Châtenay était une de ces femmes qui réalisent l'idéal qu'on se plaît à caresser dans ses rêveries d'amoureux pour le bon motif... et pour les autres.
Brune, de moyenne taille, d'une santé de fer, bien faite, spirituelle, elle avait tout ce qu'il faut pour captiver l'affection d'un mari pendant une vie entière.
Et quel caractère enchanteur!
Quelle bonté sereine et pénétrante!
Quel dévouement sans réserve à son mari et aux siens.
Un véritable bijou, presque sans défauts, cette mignonne créature!
Il était difficile de connaître l'ennui auprès d'elle.
Sa gaieté calme et douce animait la maison. Sa grâce égayait le parc comme ces plantes à fleurs persistantes qui sont une caresse pour les yeux. Ses attentions fines et délicates prévenaient les moindres désirs de son mari, son maître, devant lequel elle était à genoux sans fausse humilité, simplement parce qu'elle sentait qu'elle lui appartenait et n'aurait pu vivre sans lui. Elle s'était donnée librement et ne se reprenait pas. Elle n'en aurait pas eu la force.
Quand elle se moquait de ses voisins et de leurs travers, contrefaisant leur langage, leurs gestes, avec une irrésistible drôlerie, c'était un éclat de rire dans le salon, aux tons éteints et au luxe solide et artistique, où, grâce à elle, rien ne choquait et dont chaque meuble, chaque statuette, chaque tableau flattait le regard.