Elle avait le don rare et précieux de relever les pauvres gens en les secourant, et de réconforter les malades par la suavité de ses paroles et de son sourire.
Sa bonté ne trouvait pas de rebelles, et tout ce qui l'approchait était à ses pieds, comme elle était elle-même aux pieds de son mari.
Parisienne pur sang, élevée dans le magnifique hôtel de son père, au Cours-la-Reine, célèbre par ses collections de tableaux, de meubles rares et de tapisseries précieuses, elle avait eu la bravoure de se confiner au Val-Dieu par amour pour Maurice, élevant elle-même, sans jamais les confier à une main étrangère, ses deux filles, Thérèse et Marthe, toutes jeunes encore, adorée de ses domestiques, de ses amis et du pays entier, la joie de la maison, la vanité de son mari, et la coqueluche du village.
Le lendemain de l'arrivée de Duvernet au Val-Dieu, c'était, comme l'avait dit Denise, l'assemblée du pays.
Les assemblées de Normandie ressemblent aux pardons de Bretagne.
Les hameaux, les bourgs du voisinage, les fermes isolées se vident au profit de la fête.
On rend visite à ses amis, à charge de revanche.
Ce jour-là, c'était le Val-Dieu qui pratiquait l'hospitalité au bénéfice de ses voisins.
Dès le matin, les cloches, des tintenelles qui suppléaient à la puissance par le nombre, s'étaient mises en branle. Le clocher en tremblait sur sa base de pierre noire, émaillée de paillettes de mica. On les entendait jusqu'aux Barres ou à Soligny, et de Brezolettes à Prépotin, les bourgades les plus rapprochées.
Les biches et les cerfs de la forêt en bramaient de peur, et les chevreuils par bandes s'éloignaient avec empressement de ces quartiers bruyants, tandis que les lièvres dressaient les oreilles dans leurs gîtes, à l'abri des halliers et des bruyères.