Dans les maisons du village, on se disposait à recevoir les amis.
Le feu pétillait dans l'âtre, et la broche tournait devant le foyer. Plus d'un coq chanteur s'était vu tordre le cou par les ménagères sans pitié, et le pot-au-feu se prélassait dans les cendres en attendant l'issue de la messe que le curé avançait pour la commodité de ses ouailles.
Toutefois, quand le chef-lieu du pays est aussi peu important que le Val-Dieu, les réjouissances sont modestes et la solennité ne cause qu'une médiocre émotion et une piètre affluence de populaire.
Les boutiques installées sur le communal à l'aide de deux tréteaux et de quatre planches de sapin abritées sous une toile grise, se bornent à vendre des échaudés vaporeux et quelques pâtisseries primitives d'une légèreté de cailloux, des pintes de cidre, et après la course en sacs, le tir à la cible, le mât de cocagne, garni de prix variés, montres d'argent, vestes, bagues ou gigots, et un feu d'artifice sommaire, il ne faut pas exiger de magnificences supplémentaires.
Du reste, on ne va point à l'assemblée pour le spectacle.
On s'y rend pour se voir, causer un peu de ses affaires, de la récolte et surtout pour festiner chez les cousins.
On échange de formidables poignées de mains, on se frotte les joues avec enthousiasme, on embrasse les parents et surtout les parentes avec frénésie.
On s'informe des vacheries et des moutons. On se renseigne sur les étalons en renom. On cause du blé, s'il pousse comme il faut, et des pommiers, s'ils ont belle mine, et, le soir venu, on s'en retourne par les chemins, en carriole, s'il y a loin au logis, ou de son pied sans trébucher sur les cailloux, car on est sobre et rarement il reste un Percheron ou un Normand à cuver ses libations dans les fossés des routes ou le long des haies fleuries.
Ceux-là ne comptent pas.
On les toise avec une pitié dédaigneuse.