»Pour les fouilles, ça va bien. Grand-père croit que c'est tantôt une chose et tantôt une autre.
»Adieu, père chéri, reviens donc! Quitte ce vilain Paris. Tu l'aimes donc mieux que tu nous le préfère? On est si bien ici! Les rosiers sont fleuris, tous, et les fraises sont rouges.
»Nous t'embrassons mille fois.
»Tes petites filles,
»Marthe et Thérèse.
»P. S.—Maman est un peu souffrante. C'est elle qui nous a dit de t'écrire. Elle n'en a pas le courage.»
Elle n'en avait pas le courage. Non. Elle avait douté d'abord, espéré ensuite une rupture. C'était un caprice qui passerait. Elle attendait un retour sincère, sans réticence. On ne renonce pas à un amour si tendre, si dévoué, tout d'un coup, sans regret, sans raison. Quand elle se regardait dans les glaces, elle avait l'orgueil légitime de se dire qu'elle était belle encore, qu'elle n'avait rien perdu de cet attrait saisissant qui passionnait tant son mari jusqu'au jour de cette fatale rencontre au Val-Dieu, rien de cette splendeur de fleur épanouie qui allumait des flammes de convoitise dans les yeux des hommes de son monde, des campagnards eux-mêmes, flammes qu'elle éteignait avec la grâce de son sourire, si pur et si chaste qu'il s'élevait comme une barrière infranchissable entre elle et les plus hardis de ses admirateurs.
Par moments, cette âme blonde avait des colères subites. Elle se demandait ce qu'elle avait à se reprocher pour être délaissée de la sorte, frappée dans ses plus intimes affections! Elle était prise de haine violente contre cette rivale qui lui prenait tout ce qu'elle avait de plus cher et lui enlevait le compagnon de sa solitude, l'âme de sa vie.
A quoi donc servent la fidélité, le dévouement, les sacrifices et les résignations?
Elle avait tout révélé dans cette phrase à son mari et il la comprenait.
Elle n'avait même plus le courage de lui écrire.