Sens abstrait.

SAG–ire, c'est avoir de la pénétration, du discernement, saisir des yeux de l'esprit.

SAG–ax, c'est un homme pénétrant, un homme dont le regard sûr discerne la vérité.

Sens hyperbolique.

Le dernier terme de cette gradation est si étranger à son type, qu'il serait impossible d'en reconnaître l'origine, si on n'y pouvait remonter, comme nous le faisons, par une succession très-naturelle de sensations et de jugemens. Le sens abstrait s'étendant à des significations nouvelles, ce n'est plus au SAG–e, à l'esprit délicat et subtil qui saisit les choses dès le premier abord, avec une extrême justesse, que doit s'arrêter cette série d'idées que nous venons d'exposer; son regard plus prompt, plus sûr, plus pénétrant encore, perce tous les obstacles. Son esprit s'élève au-dessus de toutes les conceptions ordinaires; il domine, il explique l'avenir,

C'est le devin que les Latins ont appelé SAG–us, la magicienne, l'enchanteresse dont ils ont fait SAG–a, SAG–ana.

Præ–SAG–ire, c'est voir hors du présent, c'est anticiper par la pensée sur les événemens futurs.

Præ–SAG–ium, c'est le pressentiment, le pronostic.

Præ–SAG–us, c'est le sorcier, l'augure, l'homme inspiré, termes dont on a complété le sens par la petite préposition præ, au-devant, au-delà.

Il reste à s'assurer que les autres mots de la Langue naturelle donneront une pareille filiation, et c'est ce que chacun peut reconnaître dans ses études particulières, soit qu'il se contente, ainsi qu'on l'a fait ici, de pousser ses recherches dans une Langue seulement, soit qu'il veuille les étendre à toutes, ce qui n'est pas plus difficile.