C
[CAHOT, CAHOTER]. De la secousse qu'on éprouve dans une voiture mal suspendue qui roule sur un chemin âpre et raboteux, et de l'effort qu'on fait pour reprendre la respiration durement interrompue.
Les Latins ont dit succussus, qu'ils prononçaient soucoussous, et qui rendait la même idée.
[CAILLE]. «Le mâle et la femelle, dit Buffon, ont chacun deux cris, l'un plus éclatant et plus fort, l'autre plus faible. Le mâle fait ouan, ouan, ouan, ouan; il ne donne sa voix sonore que lorsqu'il est éloigné des femelles, et il ne la fait jamais entendre en cage, pour peu qu'il ait une compagne avec lui: la femelle a un cri que tout le monde connaît, qui ne lui sert que pour rappeler son mâle; et quoique ce cri soit faible, et que nous ne puissions l'entendre que d'une petite distance, les mâles y accourent de près d'une demi-lieue; elle a aussi un petit son tremblotant cri cri. Le mâle est plus ardent que la femelle, car celle-ci ne court point à la voix du mâle, comme le mâle accourt à la voix de la femelle dans le temps de l'amour, et souvent avec une telle précipitation, un tel abandon de lui-même, qu'il vient la chercher jusques dans la main de l'oiseleur».
C'est de ce cri, que Buffon dit connu de tout le monde, et qu'un autre Ornithologiste a exprimé par les mots factices caille caillette, qu'est venu le nom de la caille dans notre Langue et dans la plupart des autres. En effet, on a dit kakkaba en grec, qualea dans la basse latinité, cuaderviz en espagnol, excellente Onomatopée dont les deux dernières syllabes doivent se prononcer très-brèves, quaglia, en italien, quaïl, en anglais, wachtel, eu allemand; et ce son imitatif se retrouve jusque dans l'hébreu saly ou xaly. De ce nom l'on a fait
Cailletage, babillage insupportable et continuel comme celui de la caille,
Caillette, femme frivole et babillarde,
Cailleter, l'action de parler sans cesse, et à propos de toute chose, expressions que la Langue française a repoussées jusqu'ici, et qui ne sont d'usage que dans le style familier.
Rousseau a dit cependant, en parlant de madame de Warens: «La vie uniforme et simple des Religieuses, leur petit cailletage de parloir, tout cela ne pouvait flatter un esprit toujours en mouvement, qui formant chaque jour de nouveaux systêmes, avait besoin de liberté pour s'y livrer».
[CANARD]. Du son can can, souvent répété, qui est le cri de cet animal, plutôt que d'anas, probablement à natando, qui est son nom latin. Mon opinion est du moins conforme en ce point à celles de quelques Auteurs, et entr'autres à celle de l'ornithologiste Martinet, qui remarque fort judicieusement qu'il est du génie de notre Langue de terminer par cette syllabe ouverte et éclatante, ard, les mots qui désignent un parleur impitoyable et fatigant, comme bavard et babillard.