Les Allemands ont représenté par une autre Onomatopée le cri rauque, âpre, et enroué du canard. Ils l'ont appelé racha et rachtscha.
Can Can, mot factice tiré du cri du canard, a été appliqué par extension aux bruits tumultueux qui s'élèvent dans une assemblée nombreuse où l'on ne s'accorde pas, et où l'on traite des affaires de peu d'importance. Ce n'est pas le sentiment de l'Académie qui l'écrit quanquan, et qui pense qu'on l'a appliqué aux discussions orageuses sur des choses futiles, par allusion aux horribles disputes que causa au seizième siècle la prononciation du mot quamquam, et qui coûtèrent peut-être la vie à Ramus. Quelqu'égard qu'on doive cependant aux décisions de ce corps savant, j'ai cru pouvoir persister dans mon opinion qui me semble mieux fondée, et que je partage d'ailleurs avec le plus grand nombre des Etymologistes.
[CAQUET, CAQUETER]. Ces mots se disent au propre, du bruit que font les poules quand elles sont prêtes à pondre, et au figuré, du babillage des personnes qui caquettent comme les poules. Cette Onomatopée se retrouve très-fidèlement dans la Langue grecque.
On disait autrefois dans notre Langue cluper ou gluper, pour exprimer une espèce de caquet de la poule. Ce terme mériterait d'être renouvelé.
Linguet s'est servi du mot caquetage en parlant du chancelier de l'Hôpital. «Aucun, ministre, dit-il, ne fit jamais convoquer autant de grandes assemblées; mais satisfait d'y étaler une éloquence prolixe et toujours mal-adroite, il les laissait toutes dégénérer en cohues tumultueuses ou en caquetages scandaleux dont l'unique résultat était de constater la frivolité et l'impuissance du Gouvernement».
[CASCADE]. Ménage pense que ce mot est fait de l'italien cascata, ce qui est incontestable. Il fait remonter celui-ci au latin cado, ce qui est plus douteux; mais ce verbe aurait été employé comme désinent dans l'expression dont il s'agit, qu'on n'en devrait pas moins reconnaître cette expression pour une Onomatopée. La première syllabe est un son factice qui fait rebondir la seconde, et cet effet représente d'une manière vive le bruit redondant de la cascade.
Il y a beaucoup d'Onomatopées du même genre, c'est-à-dire, composées d'un son naturel et d'un son abstrait. C'est ce que les Etymologistes n'ont pas remarqué; et satisfaits dès qu'ils ont trouvé dans un mot l'origine d'un de ses membres, on croirait qu'ils ont regardé le reste comme le produit du hasard ou du caprice. Il est cependant démontré que quelque fortuite qu'ait été la composition des Langues, il ne peut y avoir eu qu'un très-petit nombre de mots formés sans motifs.
[CATACOMBES]. Du grec kata qui est consacré à l'action de descendre ou de tomber, et qui a peut-être fourni le latin cado dont je parlais tout-à-l'heure; et du vieux français combe, vallée, gorge, endroit creux ou souterrain. La réunion de ces deux mots heureusement mariés produit un des beaux effets d'imitation de la Langue. Il est impossible de trouver une suite de sons plus pittoresques, pour rendre le retentissement du cercueil, roulant de degrés en degrés, sur les angles aigus des pierres, et s'arrêtant tout-à-coup au milieu des tombes.
[CATARACTE]. En Grec, Kataraktès. Chûte d'eau impétueuse et bruyante qui tombe et se brise de roc en roc avec un grand fracas.
Herbinius, dans son Traité de admirandis mundi cataractis supra et subterraneis, a étendu le sens de cette expression à tous les violens chocs élémentaires, de quelque espèce qu'ils fussent.