[COUCOU]. Voici les Onomatopées équivalentes que d'autres Langues me fournissent.
En hébreu kaath, kik, kakik, kakata, schaschaph; en grec kokkus, et par corruption karkolix, et kakakoz; en latin cuccus, cuculus; en italien cuculo, cucco, cucho; en espagnol cuclillo; en allemand gucker, kuckuch, guggauch, guckuser; en flamand kockock, kockuut; en anglais kuckow, cucoo; en turc koukou; en syriaque coco; en polonais kukulka, kukawka; en danois kuk, gioeg kukert; en catalan cocut, cugul; en vieux français coqu; en Provence coux, cocou; en Sologne coucouat, pour indiquer le petit du coucou.
Il n'y a point d'oiseau dont le nom ait été formé aussi généralement d'après son cri, et cela, peut-être, parce qu'il n'y en a aucun dont le cri soit plus analogue aux modulations de la voix humaine; au reste, il est bon de dire, une fois pour toutes, que si la lettre C prononcée comme K, est l'initiale du nom d'un grand nombre d'oiseaux crieurs, et même de certains que nous n'avons point nommés, parce que cette circonstance nous a paru trop faible pour constituer l'Onomatopée; que si elle est la caractéristique de leur cri; comme dans cailletage, caquet, clappement, clossement, cluppement, croassement; et que si cette observation peut s'étendre indistinctement à toutes les Langues connues, c'est que le chant, ou plutôt la clameur de ces animaux, est engendrée par le claquement de la langue contre le palais, qui est la plus éclatante de toutes les touches vocales, et que ce claquement produit la consonne dont il s'agit.
[COURLIS]. C'est un oiseau que nous avons aussi nommé curly et turly par imitation de son cri.
Ce son naturel a produit beaucoup d'Onomatopées, l'Elorios des Grecs, le clorius des Latins, le tarlino de la Pouille, le caroli du Milanais, le curlew des Anglais, le greny des environs de Constance, le turlu de Poitou, le turluy et le corleru des Picards, le corlui des Normands, le corlu des Bourguignons, le corly et le corlieu de nos anciens Naturalistes.
M. de Buffon, à qui je dois cette nomenclature, y joint des observations qui viennent très-bien à ce sujet. «Les noms composés des sons imitatifs de la voix, du chant, des cris des animaux, sont, dit-il, pour ainsi dire, les noms de la Nature; ce sont aussi ceux que l'homme a imposés les premiers; les Langues sauvages nous offrent mille exemples de ces noms donnés par instinct; et le goût, qui n'est qu'un instinct plus exquis, les a conservés plus ou moins dans les idiomes des peuples policés, et surtout dans la Langue grecque, plus pittoresque qu'aucune autre, puisqu'elle peint même en dénommant. La courte description qu'Aristote fait du courlis, n'aurait pas suffi sans son nom Elorios, pour le reconnaître et le distinguer des autres oiseaux. Les noms français courlis, curlis, turlis, sont des mots imitatifs de la voix; et dans d'autres Langues, ceux de curlew, caroli, tarlino, s'y rapportent de même; mais les dénominations d'arquata et de falcinellus sont prises de la courbure de son bec, arqué en forme de faulx. Il en est de même y du nom Numénius dont l'origine est dans le mot Néoménie, temps du croissant de la lune; ce nom a été appliqué au courlis, parce que son bec est à-peu-près en forme de croissant; et les Grecs modernes l'ont appelé macritimi, ou long nez, parce qu'il a le bec très-long, relativement à la grandeur de son corps».
On pourrait conclure de ces remarques qu'il y a deux espèces d'Onomatopées ou de fictions de nom; les premières qui sont les Onomatopées naturelles, communes à tous les peuples, parce qu'elles sont formées sur un son qui ne varie pas; les secondes, qui sont les Onomatopées locales, propres à un seul idiome, parce qu'elles sont déterminées sur une figure ou un aspect des corps dont le signe est de convention. Ces deux riches familles de mots pittoresques sont la plus belle partie des Langues.
[CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER]. Du bruit que fait la salive jetée avec force hors de la bouche.
Cette idée a été exprimée dans les Langues par deux sons également imitatifs, quoique fort distincts, l'un de l'autre. Du premier qui a servi de racine aux mots dont on s'occupe dans cet article, les Bas-Bretons ont fait cranch qui signifie salive, et suivant Court de Gébelin, craing qui signifie la même chose, craincher, cracheur, et crancha, cracher, mais je suis porté à croire qu'il doit ces dernières expressions à un autre vocabulaire. Les mots excreare et screare des Latins ont le même type.
Du second, les Latins ont fait spuere, despuere, expuere, les Italiens sputare, les Allemands speien, et les Anglais spit. Le son radical puth a été souvent converti en interjection, pour marquer un mépris extrême, comme en ces mots tirés d'une mauvaise pièce de Boursaut, intitulée le Portrait du Peintre. «C'est mal répondre, puth, misérable critique!»