F

[FANFARE]. La plupart des instrumens à vent sont caractérisés par la lettre F, parce que cette consonne produite par l'émission de l'air chassé entre les dents, est l'expression du soufflement ou du sifflement. De là, fanfare, qui est un chant de trompette.

Rabelais en avait fait le verbe fanfarer, que je ne me souviens pas d'avoir vu ailleurs.

[FIFRE]. La voyelle resserrée entre deux lettres très sifflantes, donne une idée très-juste du bruit aigu de cet instrument, et la désinence roulante marque son éclat un peu rauque.

Les Allemands l'ont nommé pfeifer par analogie à l'Onomatopée pfeifen qui signifie siffler. Cette dénomination a été exactement transportée dans notre Langue et dans la plupart des autres. Nous avons même dit pifre, comme en ce passage de la traduction d'Amadis par Gabriel Chapuis. «Plusieurs sont des pifres et autres instrumens». Et en cet autre de Rabelais: «Puis soubdain retourne, et nous asseure avoir à gausche descouvert une embuscade d'andouilles farfeluës, et du cousté droict à demi-lieue loing de là, ung gros bataillon d'aultres puissantes et gigantales andouilles, le long d'une petite colline furieusement en bataille, marchantes vers nous au son des vézes et piboles, des guogues et des vessies, des joyeulx pifres et tabours, des trompettes et clairons».

[FLACON]. Du bruit de la liqueur versée hors du flacon, et qui tombe de quelque hauteur dans un vase sonore. Il est du moins certain qu'on n'a découvert aucune autre étymologie raisonnable de ce mot, et que l'unanimité avec laquelle tant d'idiomes l'ont admis, donne lieu de penser qu'il n'a pas été formé au hasard. Les Espagnols ont dit flascon, les Italiens fiascone, les Allemands flasche, les Flamands flesche, les Polonais flasha, les Bohémiens flasse, les Hongrois palassk, et les Anglais flagon.

Une observation qui donne du poids à cette conjecture, c'est que flacquer s'est dit autrefois pour, vuider son verre, en jetant les liqueurs qu'il contient. La Bruyère en fournit un exemple dans ce passage. «S'il trouve qu'on lui a donné trop de vin, il en flacque plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite, et boit le reste tranquillement». De là,

Flacquée d'eau, l'eau que l'on flacque, ou que l'on jette contre quelque chose,

Flaque d'eau, mare croupissante et de si peu d'étendue, qu'il semble qu'on l'ait flacquée à l'endroit où elle est,

Flasque, adjectif qui s'est dit d'abord d'une chose amollie par l'humidité, et particulièrement d'un linge mouillé qui produit, quand on le soulève et qu'on le laisse retomber sur lui-même, le bruit de l'eau qu'on flacque à terre. Cette dernière expression dérive secondairement du flaccidus des Latins qui a été immédiatement fait du bruit naturel.