Je ne sais personne, au reste, qui ait employé ce terme depuis Pasquier, si ce n'est l'extravagant poète Desmarets dans sa comédie des Visionnaires, où il le donne pour épithète au fleuve Nérée, comme avait fait Dubartas.

Déjà de toutes parts j'entrevois les brigades
De ces Dieux chèvre-pieds et des folles Ménades
Qui s'en vont célébrer le mystère orgien
En l'honneur immortel du père Bromien.
Je vois ce cuisse-né suivi du bon Silène
Qui du gosier exhale une vineuse haleine,
Et son âne fuyant parmi les Mimallons
Qui les bras entirsés courent par les vallons.
Mais où va cette troupe?... Elle s'est égarée
Aux solitaires bords du floflottant Nérée.

[FLOU]. Ce mot se dit en Peinture, et surtout dans la mauvaise école, d'un tableau dont le coloris est doux, tendre, et comme soyeux et velouté. Il est donc dérivé du son moëlleux d'une étoffe précieuse, faiblement froissée avec la main. Dans le Charles Ier. de Wandick, on croit entendre le flou du satin.

Au reste, on se sert ordinairement pour fondre les couleurs, pour les noyer, les dépouiller de leur sécheresse, et amollir leurs nuances, d'une petite brosse de soies légères, qu'on passe délicatement sur ce que le pinceau a touché, et dont on effleure la toile avec tant de précaution, qu'il semble qu'on la caresse. Cette opération est accompagnée d'un petit bruit qui est peut-être devenu par analogie le nom de cette manière de peindre.

[FLÛTE]. Du flare des Latins qui est une Onomatopée du souffle. La douce émission du son qui flue en quelque sorte par les trous de la flûte, a déterminé le nom de cet instrument.

Les Italiens ont dit flauto, les Espagnols flauta, les Allemands flœte, les Anglais flute, et les Celtes flehut. Cette conformité de dénominations, qui n'est fondée sur aucune autre étymologie apparente, vaut une démonstration.

J'ajouterai que les Orientaux appellent une flûte, avuv, et les Taïtiens, evuvo. C'est l'aspiration de la Langue celtique av ou ev. Remarquez aussi que le v se prononce sur la même touche que l'f qui n'est qu'un v fort. Les Hébreux prononçaient vau pour f; les Allemands prononcent, au contraire, faou pour v. Il résulte de là que le mot avuv des Orientaux, et le mot evuvo des Taïtiens, ont la même construction que le mot fifre, et présentent comme lui un son vocal aigu resserré entre deux dentales. Ils en diffèrent par l'intonation qui est moins brusque, par la désinence qui est plus pleine et plus harmonieuse, et par l'adoucissement des consonnes caractéristiques. Avuv ou evuvo représentent donc très-bien une flûte, un fifre doux.

Le syrinx des Grecs est aussi une Onomatopée, mais qui tient à la mélopée primitive, et au son plus aigre des simples roseaux.

[FRACAS, FRACASSER]. D'un bruit éclatant et prolongé qui est occasionné par une destruction violente ou par un phénomène naturel, comme le fracas de la foudre qui tombe, le fracas des cataractes, et le fracas des volcans.

Quinaut a supérieurement dit dans ces vers d'une belle harmonie imitative: