Sus, sus, allez vous en, jaquet,
Et pansez le petit haquet,
Et lui faites bien sa litière.
C'est aussi l'opinion de Ménage.
[GARGARISER, GARGARISME]. Cette Onomatopée est purement grecque, gargarizo, gargarismos. Elle est formée du bruit d'un remède liquide dont on se lave la bouche et l'entrée du gosier. Les Grecs disaient aussi, dans un sens assez analogue, gargalisein, et gargalismos, titillare, titillatio.
Elle est d'ailleurs commune à la plupart des Langues. En hebreu, garghera signifiait le gosier; il se dit gargareon en grec, et gorzaillen en celto-breton: la même initiale caractérise encore assez universellement, et avec peu de modifications, les noms qu'on a donnés à cette partie, soit chez les Latins qui l'appellent jugulum, soit chez les Italiens qui l'appellent golla, soit chez les Allemands qui l'appellent khéle ou ghéle, soit chez les Espagnols qui l'ont appelée garganta. Rabelais n'a fait que transporter en espagnol le nom de son grandgousier, pour en faire celui de Gargantua, qu'il s'amuse à expliquer autrement par un quolibet. Le nom même de gargamelle se prend pour la gorge ou le gosier, dans la Langue du peuple, et Hauteroche l'a employé à cet usage.
On disait autrefois esgargaté de crier, d'un homme qui avait une extinction de voix.
* [GARGOUILLE]. «Gargouille, dit Nicod, est ce petit canal de pierre ou d'autre chose, issant en forme de couleuure ou d'autre beste, hors d'oeuvre, au dessous des couuertures des églises, et tels autres bastimens pour jetter au loing l'eaüe pluviale qui en descend. Le nom est par Onomatopée du gargouillis, et bruit que l'eaüe fait courant par telles gargouilles».
Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles desquelles le vin s'écoule avec abondance, à la manière de l'eau qui tombe des gargouilles, et avec un bruit pareil:
Semblablement le gentil Dieu Bacchus
M'y amena, accompagné d'andouilles,
De gros jambons, de verres, de gargouilles.
[GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER]. Ces mots sont tirés du chant des oiseaux, dont ils expriment assez bien l'harmonieux babillage, qui est le susurrus, le garritus, le lene murmur des Latins. Mais employés jusqu'à satiété par nos Poètes pastoraux, et cousus depuis deux siècles, aux plus misérables bouts-rimés de la Langue, ils ont perdu toute leur grace et toute leur fraîcheur, et sont tombés dans la classe des lieux communs les plus fastidieux. Il y a certaines de ces expressions et de ces tournures qui, inventées d'abord par une riche imagination, et prostituées depuis à tous les usages, sont devenues aussi fades et aussi importantes qu'elles étaient autrefois vives et ingénieuses[2]. Avançons une idée vraie qui n'a que l'apparence d'un paradoxe. Un méchant écrivain porte plus de dommage à la Langue dans laquelle il écrit que le plus beau génie ne lui fait d'honneur. C'est la harpie qui souille tout ce qu'elle touche, et dans ses mains tout se fane et se décolore.
[GEAI]. En grec, karakaxa, en Latin ancien garrulus, et de là garrire, en latin barbare gaius, en espagnol gayo, cayo, en catalan gaitg, gralla, en italien ghiandaja, en allemand jack, en polonais soika, en suédois not-skrika, en anglais jay, ia, ia, en français dans différens lieux et dans différens temps jay, gay, jayon, gayon, jaques, jaquot, jacuta, girard, richard, gautereau.