Le peuple mouille l'S, et dit communément chiffler.

Il paraît que les Celtes faisaient usage du mot si, pour bruit; sifflement, murmure.

Les Grammairiens appellent consonnes sifflantes ces trois lettres s, x, z, parce qu'on ne les prononce qu'avec une espèce de sifflement. Elles doivent donc être d'un grand usage pour exprimer les bruits de cette espèce. La Langue anglaise est une Langue sifflante, parce qu'elle a beaucoup de mots sur la touche sifflante et sur la touche dentale.

L'emploi fréquent de la lettre S rend la prononciation sifflante. Euripide en faisait un usage vicieux qui passa même en proverbe. On appelait ce défaut le sygmatisme d'Euripide.

Racine a prodigué les S dans ce vers d'Andromaque:

Pour qui sont ces serpens qui sifflent sur vos têtes?

et l'effet d'imitation qui en résulte est frappant. On l'a trouvé, peut-être avec justice, un peu trop minutieux.

Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un de nos Poètes lyriques:

Ixion et les Aloïdes
Ont cessé leurs mugissemens.
De Tantale et des Danaïdes
Je n'entends plus les longs gémissemens,
Et des fatales Euménides
Les couleuvres avides
Ne brisent plus les airs par d'aigres sifflemens.
L'Érèbe n'a plus de tourmens.

La forme et le son de la lettre S la rendent propre à désigner doublement le serpent, et à peindre en même temps ses mouvemens tortueux et ses sifflemens aigus. L'ophis des Grecs, qui est originairement égyptien, a le singulier mérite d'offrir dans ses caractères une espèce de nœuds de couleuvres, et dans sa terminaison, un bruit semblable à celui qui annonce ordinairement ces animaux. C'est tout-à-la-fois un hiéroglyphe et une Onomatopée. La lettre Φ ressemble à un caducée.