« Cependant, — continua-t-elle, — vous seriez trop cruel envers ceux qui vous aiment...

— Ceux qui m’aiment! — dit Lothario en couvrant sa tête de ses mains. — Toujours ceux qui m’aiment! Mon mauvais ange vous a enseigné là une phrase magique qui me navre l’âme.

— J’y revenais à dessein, — répondit Antonia, — car je ne sais point de malheur absolu pour l’homme qui est aimé; et si tel est votre destin, Lothario, que beaucoup d’affections aient trompé votre tendresse, que beaucoup de félicités aient échappé à vos espérances, ce ne fut jamais à ce point, mon ami, que vous n’ayez plus trouvé auprès de vous cette compensation si précieuse qui dédommage un cœur sensible de toutes les douleurs; vous le savez, Lothario, vous êtes aimé. »

Lothario se remit à regarder Antonia, mais le caractère de sa physionomie était tout à fait changé. On ne remarquait en lui qu’un mélange de joie inquiète, d’étonnement et de terreur qui n’appartenait pas à ses traits.

« Lothario, — poursuivit-elle, — je ne connais ni votre famille, ni votre rang, ni votre fortune, et il m’importe peu de connaître tout cela; mais on m’a dit que la main de cette Antonia dont vous désirez d’occuper le cœur n’était à dédaigner pour personne, sous aucun de ces rapports; et Antonia, libre de son choix, ne l’arrêterait que sur vous.

— Sur moi! » s’écria Lothario avec une sorte de fureur.

Madame Alberti s’approcha.

« Sur moi! et c’est vous, c’est Antonia qui m’accable d’une dérision si amère!

— Lothario, — reprit Antonia d’un ton de dignité froide, —vous méprisez Antonia, ou vous ne l’avez pas comprise.

— Mépriser Antonia! Que signifie ce langage? De quoi m’a-t-on parlé? D’un mariage, si je ne me trompe, et c’est vous... »