Un de ces hommes s’était enfui en la nommant.

La nuit était fort avancée, lorsque Antonia céda pour la seconde fois à ces cruelles émotions. Ce ne fut que bien des heures après qu’on put la rendre entièrement à elle-même. Elle s’étonna, en regardant autour d’elle, de la délicatesse des soins dont elle était l’objet. On l’avait transportée dans une chambre plus commode et plus ornée. Il n’y avait pas de femmes dans le château, mais elle était servie par des enfants d’une figure agréable.

Un seul des brigands sollicita, vers la fin du jour, la permission d’être introduit auprès d’elle pour s’acquitter des ordres dont son capitaine l’avait chargé. C’était un très jeune homme, dont la physionomie triste, mais douce et modeste, aurait inspiré dans tout autre lieu la confiance et l’intérêt. Il venait apprendre à Antonia que son bateau n’avait été attaqué que par la méprise la plus funeste; que rien de ce qu’elle possédait ne lui serait enlevé; qu’elle-même était libre à Duino, qu’elle n’avait pas cessé de l’être; que tout était disposé pour son voyage, et qu’il dépendait d’elle seule de le hâter ou de le retarder, suivant que sa santé l’exigerait; qu’en attendant, enfin, elle pouvait commander en souveraine à tout ce qui habitait dans le château.

« Mais ma sœur! — s’écria Antonia.

— Votre sœur, madame, — répondit le jeune homme en baissant les yeux, — ne peut vous être rendue. C’est la seule réserve que nous soyons obligés de mettre à notre obéissance, et cette condition même n’est pas imposée par une force qui dépende de nous.

— Et qui a pu l’imposer? — reprit vivement Antonia. — Qui empêcherait que je me réunisse à ma sœur, qui a été arrêtée, enlevée, conduite ici avec moi? Ah! je ne veux aucun des avantages, aucune des réparations que vous m’offrez, si je ne les partage avec elle.

— Madame, — dit le jeune homme en s’inclinant, — je n’ai pas reçu d’autres instructions. »

Et il se retira sans attendre de nouvelles instances.

Le nom de madame Alberti errait encore sur les lèvres d’Antonia interdite; il ne fut pas entendu.

La perplexité dans laquelle elle resta plongée est plus facile à comprendre qu’à décrire. Elle commençait à espérer que cet événement n’aurait pas les suites affreuses qu’il lui avait fait craindre; mais elle ne devinait pas les motifs qu’on pouvait avoir de la tenir éloignée de sa sœur, et ce nouveau mystère était un abîme où son esprit s’égarait. Tout lui persuadait d’ailleurs qu’on ne l’avait pas trompée par de fausses promesses. Le soleil était couché depuis plusieurs heures, et ses portes restaient ouvertes. Les gens employés à la servir s’étaient retirés d’eux-mêmes pour lui laisser une liberté entière, en lui indiquant la partie de son appartement qu’ils allaient occuper et où ils attendaient ses ordres. Enfin il ne paraissait pas un soldat dans la vaste étendue des corridors qu’on avait éclairés comme pour lui offrir un passage, à quelque moment qu’elle prit la résolution de sortir.