Le canon tonne, au loin les cris redoublent, augmentent et se succèdent pour se décupler encore.

Le train s'arrête, la foule serrée; comprimée, écrasée se rue en avant et escalade les chars.

Les mouchoirs s'agitent, toutes les têtes se découvrent.

—Salut aux braves!

Un détachement de trente hommes de police est impuissant à réprimer le mouvement.

De l'ordre? Ah, bien oui, on s'occupe bien de cela, on veut les voir, les toucher, leur serrer la main.

Les braves colonels des bataillons de Montréal sont entraînés, poussés, bousculés.

"Tant pis! excusez mon colonel!" on donne un coup d'épaule, il faut avancer quand même.

Le maire Beaugrand, toutes décorations dehors, le collier au cou, essaie de se frayer un passage et parvient enfin jusqu'au colonel Ouimet, qui serré de tous côtés et escorté des majors Hughes et Dugas, ne peut avancer ni reculer.

Le maire leur serre la main, leur souhaite la bienvenue et va pour parler quand le capitaine Des Rivières qui est arrivé lui aussi jusque là, Dieu sait par quel miracle, se jette dans les bras du colonel et du major et leur étreint les mains à les briser.