Autour de l'appareil, foule compacte. Il y a d'abord les gens qui se donnent le luxe de faire un tour sur la mécanique, puis il y a ceux qui, moyennant finance, ont été admis dans l'enceinte d'une palissade au plaisir de contempler les heureux de cette terre montés sur les chevaux de bois, enfin, par derrière, une masse compacte regarde ceux qui voient quelque chose.
Mais bientôt nous faisons concurrence aux saltimbanques. Nous installons les appareils de photographie et invitons les assistants à venir poser. De tous côtés on accourt; pour maintenir l'ordre autour de nous, l'aide de deux agents de police n'est pas de trop.
Comme le montrent les photographies ci-contre, les costumes des Tchouvaches présentent une très grande ressemblance avec ceux des Tchérémisses. Le vêtement des hommes est le même, et celui des femmes ne diffère de ceux que nous avons vus de l'autre côté du Volga que par des détails d'ornementation.
Tchouvaches de Tsévilsk.
Les femmes tchouvaches ont, comme les Tchérémisses, un costume masculin, un petit pantalon et une chemise-jupe en toile, généralement blanche, ornée de broderies en soie rouge et de rubans également rouges, du moins aux environs de Tsévilsk[47]. Toutes portent un tablier bordé dans le bas de broderies multicolores. Très curieuse est leur coiffure. Pour les jeunes filles, c'est une toque en cuir, agrémentée de dessins géométriques formés de perles de verre de différentes couleurs avec une garniture de petits disques d'argent simulant d'anciennes monnaies. Une jugulaire chargée de pièces d'argent maintient la coiffure. Les femmes mariées ont la nuque et le cou enveloppés d'une serviette (sorbane) assez semblable au charpane tchérémisse et dont les deux pans tombent dans le dos comme ceux d'une écharpe. Par-dessus, les riches portent un bonnet cylindrique orné de disques d'argent et de pièces de monnaie, auquel est suspendue par derrière une longue bande d'étoffe garnie aussi de pièces d'argent. Sur certaines de ces coiffures il y a pour 300 francs de numéraire, et les femmes aisées en ont bien pour une somme égale autour du cou et sur la poitrine. Toutes ont un collier de pièces d'argent, et, attachée au col de la chemise, une bande d'étoffe garnie de numéraire, enfin sur la poitrine un ou deux plastrons couverts de petits disques ou de vieilles pièces d'argent. Ajoutez à cela d'autres colliers et des pendeloques de kauris ou de perles de verre, ballottant sur la poitrine et dans le dos. Pour terminer la description des toilettes tchouvaches signalons la ceinture des femmes, ornée sur les côtés de glands en laine rouge, de kauris, et garnie à la chute du dos d'une sorte de croupière. Sur les hanches les élégantes attachent de longs cordonnets chargés de morceaux de cuivre, très bruyants. Lorsque marchent des femmes parées de ces singuliers bijoux, vous croiriez qu'on remue un magasin de vieille ferraille. Jugez de l'aspect pittoresque de la foire avec tous ces costumes bizarres.
[47] Du temps de Pallas, les broderies étaient rouges, bleues ou noires. Aujourd'hui encore les couleurs varient suivant les districts.
Tchouvaches de Tsévilsk.
Hommes et femmes sont grands et vigoureux. Tous laissent l'impression d'une race vivace. Beaucoup de femmes ont conservé le type finnois bien accusé. Ici du moins les Tchouvaches paraissent s'être peu mêlés aux Tatars. On nous montre cependant dans la foule des métis tchouvaches tatars que l'on appelle ici Metchériaks[48]. Des unions ont lieu également entre ces Finnois et les paysans russes. Dans le voisinage des villes, les Tchouvaches abandonnent leurs costumes pour adopter les vêtements de leurs voisins slaves, les différences extérieures s'effacent ainsi peu à peu entre les races, et lentement Russes et Finnois se fondent ensemble au grand dommage du pittoresque. Le jour de la fusion complète est heureusement encore éloigné.