Au delà de Perm, paysage très pittoresque. Tantôt les berges s'escarpent en hautes terrasses couronnées de bois, tantôt elles s'abaissent, découvrant de riantes perspectives de champs cultivés et de forêts. Par endroits dans ce cadre de verdure la rivière s'élargit en forme de lac, d'un bord à l'autre la distance est bien d'un kilomètre, et nous sommes ici à plus de 200 lieues de l'embouchure de la Kama!

Le soleil est éclatant, le ciel d'un bleu immaculé; n'importe ce rayonnement de lumière aveuglante, la masse compacte des arbres verts donne au pays un aspect septentrional; si on ne sent pas encore la fraîcheur du nord, on la devine. Le pays est plus joli, plus agréable à l'œil que la vallée du Volga, mais il étonne moins. C'est une contrée comme une autre.

14 juillet.—A sept heures du matin nous débarquons à la station de Pogevo, située à proximité de la région occupée par les Permiaks.

Les Permiaks appartiennent à la grande famille finnoise, et constituent le groupe permien avec les Votiaks de la Kama et les Zyrianes de la Petchora.

Ce seraient, au témoignage des historiens, les plus anciens habitants du nord-est de la Russie[56]. Ils auraient apporté de l'Altaï l'art d'exploiter les mines, et des traces d'excavations que les indigènes attribuent aux Tchoudes légendaires seraient l'œuvre des anciens Permiaks[57]. Mais, comme le fait très justement observer M. Deniker, les anthropologistes n'ont point comparé leurs crânes à ceux des Tchoudes; par suite, la parenté entre les deux peuples n'a pu être établie avec certitude.

[56] Deniker, Esquisse anthropologique des Permiaks (compte rendu de l'ouvrage de M. Maliev, in Archives slaves de biologie. Paris, 1887, t. III, fascicule 3).

[57] Des trous de mines attribués aux Tchoudes se rencontrent dans la vallée supérieure de la Tchoussovaya, autour des sources de la Sosva et sur les bords du Vagran (cercle de Bogoslov). Les traces de ces exploitations ont été trouvées près des gisements actuellement les plus riches. (Aspelin, De la civilisation préhistorique des peuples permiens. Leyde, 1879.)

D'après le dernier recensement (1885), les Permiaks seraient au nombre de 90 000, la plupart établis dans la partie septentrionale du gouvernement de Perm (arrondissements de Solikamsk et de Tcherdine). En dehors de ces circonscriptions, on en trouve une dizaine de mille dans le gouvernement de Viatka (arr. de Slobodsk et de Glasov) et quelques petits clans sporadiques dans l'Oural.

Dans le gouvernement de Perm, un des groupes permiaks les plus compacts occupe la longue vallée de l'Inva, tributaire de droite de la Kama. En poussant dans cette direction nous espérons trouver une population caractéristique.

A Pogevo nous louons une pletionka et maintenant fouette cocher! Malgré l'heure matinale, la chaleur est déjà très forte, pas un souffle d'air et sur la route blanche le soleil tape ferme.