Ces indigènes vivent de l'élevage du bétail et d'agriculture. Comme les Finnois de Finlande, ils emploient la faucille pour couper le foin. C'est un des rares instruments qu'ils aient conservé de leurs ancêtres.
Boucle d'oreilles permiake.
A Koudimgkor comme dans tous les autres villages, la population enfantine est très nombreuse. Les Permiaks sont une race très prolifique. D'après Maliev, en deux ans, de 1883 à 1885, leur proportion par rapport aux Russes dans le district de Solykamsk a monté de 48,91 pour 100 à 51,11. L'effectif de chaque famille serait de 6,61, nombre supérieur à celui des Russes habitant dans le voisinage (5,27). Cet accroissement rapide des Permiaks est dû en partie à la liberté laissée aux jeunes filles. Chez ce peuple comme chez les Eskimos du Grönland, les hommes paraissent tenir en médiocre estime la virginité de leurs fiancées. D'après une vieille coutume, au moment de la célébration du mariage, la future épouse, si elle est encore vierge, doit déposer un ruban rouge sur les pages de l'évangile ouvert. Or, dit-on, deux ou trois jeunes filles seulement sur cent sont en droit d'accomplir ce rite. Comme excuse on allègue que les femmes permiakes ne se marient guère avant vingt-cinq ans. Après le mariage elles rachètent, dit-on, leurs erreurs passées par une conduite exemplaire[61].
[61] Deniker, loc. cit.
Les indigènes de Koudimgkor nous affirmèrent qu'un peu plus loin au nord habitaient des Permiaks peu modifiés par l'influence russe. Depuis les plaines du Volga nous connaissions ce racontar. Dans le pays des Tchérémisses, lorsque nous demandions aux indigènes de nous indiquer un village habité par des païens, ils nous parlaient toujours de hameau plus éloigné, et dès que nous arrivions à cet endroit les habitants étaient unanimes à affirmer que nous devions aller plus loin pour trouver des indigènes intéressants. Maintenant l'été avance, il n'y a plus de temps à perdre, et, comme demain un vapeur à destination de Tcherdine passe à Pochevo, nous parcourons en une nuit les vingt-cinq lieues qui nous séparent de la Kama.
Le 16 juillet, à neuf heures du matin, nous nous embarquons de nouveau; le lendemain matin voici enfin Tcherdine, le point de départ de notre exploration projetée dans le bassin de la Petchora. Pour y arriver nous avons dû traverser toute l'Europe de l'ouest à l'est et parcourir 6 000 kilomètres. Nous sommes maintenant plus près des frontières de Chine que de France.
CHAPITRE VII
DE TCHERDINE A LA PETCHORA
La Kolva.—La Vogoulka.—Les moustiques.—Les embâcles de bois.—Le portage entre Vogoulka et Petchora.—Les Zyrianes.