Plusieurs maisons sont construites sur le type des habitations permiakes (kirkou) de Koudimgkor, et pour couper le foin les indigènes se servent de la faucille. L'élément finnois forme évidemment ici une bonne part de la population, comme du reste dans tout l'arrondissement de Tcherdine, mais aujourd'hui les habitants ont perdu le souvenir de leur origine et se disent Russes.
La Kolva.
A Vetlane, la rive gauche de la Kolva s'élève en un bel escarpement calcaire haut de 60 à 80 mètres; à trois kilomètres de là, même accident de terrain sur la rive droite. La rivière coule ici dans une sorte d'étranglement. C'est la première fois, depuis notre entrée en Russie, que nous observons la roche en place.
A six heures du soir, le vapeur abandonne la Kolva pour s'engager dans son affluent de gauche, la Vitcherka. Sur cette rivière peu ou point de courant et partout une profondeur relativement grande. Près du confluent il y a, me dit-on, six mètres d'eau. Sur la Kolva, au contraire, des bancs rendent la navigation difficile. La Vitcherka, large d'une dizaine de mètres, coule tantôt entre des marais, tantôt entre des terrasses de sable et d'argile. Le long de ces berges se produisent des glissements qui entraînent dans l'eau des bouquets d'arbres. A chaque instant le vapeur croise des bois flottants ou évite des amoncellements d'arbres tombés des rives.
Le lendemain matin, nous rencontrons une équipe d'ouvriers occupés à débarrasser la rivière des arbres qui l'obstruent. Pour créer une voie commerciale facile entre la Kama et la Petchora, le ministre des voies et communications fait procéder en ce moment au curage de la Vitcherka et de ses affluents et sous-affluents.
La caravane sur la Bérésovka.
Toujours le même paysage, des bois marécageux au milieu desquels la rivière circule comme une avenue couverte d'eau. Plus loin la Vitcherka s'élargit en un lac, le Tchoussovskoé ozero. Au bout de la nappe d'eau on ne voit qu'une mince bande de terre verte qui a l'air de flotter entre le ciel et l'eau, tellement le pays est plat. De tous côtés, des saulaies avec des marais, des terres tremblantes; tout cela reluisant de lumière sous un ciel magnifique. Ce paysage laisse la même impression de grandeur triste que la campagne romaine.
Au delà du Tchoussovskoé ozero, mauvaise nouvelle: la profondeur de la Bérésovka diminue rapidement, on n'avance plus que très lentement, en sondant à l'avant avec une perche. A un moment, le vapeur est obligé de stopper, il n'a plus sous la quille que quelques centimètres d'eau. Il faut maintenant poursuivre le voyage dans les canots que nous avons pris en remorque, et d'ici le portage la distance est, affirment les indigènes, de 100 kilomètres; 100 kilomètres à parcourir à la rame, au milieu de marais!