[64] Ahlqvist, Unter Wogulen und Ostjaken. Helsingfors, 1885.

[65] Hofmann, Der nördliche Ural und das Küstengebirge Pae-Choi. Saint-Pétersbourg, 1856, vol. II, p. 69.

[66] Reclus, la Terre, d'après Lyell, Second Visit to the U. S.

A une heure de l'après-midi, arrêt pour laisser reposer les bateliers. Voilà huit heures que ces braves gens travaillent énergiquement. Les équipages préparent une sorte de thé avec des feuilles de fraisier pendant que nous faisons cuire un canard abattu la veille. Avec deux branches fourchues, et la baguette en fer de ma carabine Gras, la broche est installée, on la tourne cinq ou six fois et le volatile est rôti suivant les règles de l'art, sur les bords de la Vogoulka.

A quatre heures, en route de nouveau. La Vogoulka, devenue très étroite, coule sous une charmille de saules: cela serait idyllique sans les moustiques et sans l'humidité qui nous envahit. Nous sommes littéralement dans l'eau: pluie sur le dos, jambes dans l'eau, qui remplit les embarcations plus ou moins disloquées par de nombreux échouages, et avec cela bénédiction continuelle que les bateliers nous envoient avec les gaffes.

A six heures, nous arrivons au lieu dit Vechtomorskaya Pristane. L'agent de police et deux hommes débarquent pour aller chercher les chevaux à la station située sur le portage entre la Vogoulka et la Petchora et les amener ensuite à Poupavaïa Pristane, point où s'arrêtent les embarcations. Désireux de me dégourdir les jambes, je me joins à eux. Il y a, dit-on, une piste, les gens affirment la connaître, et ce sera plaisir de se promener dans la forêt, après être resté quatorze heures en canot; de plus, à cette heure de la journée, on peut trouver du gibier, et le garde-manger est maintenant une grosse préoccupation.

Nous traversons péniblement un large marais; au bout les guides paraissent hésitants, et dix minutes après s'arrêtent, ils ont perdu la piste. Nous tournons dans tous les sens, sans trouver aucune trace. Nous sommes bel et bien égarés, point de soleil, point de boussole, de tous côtés la forêt uniforme, et avec cela pas de vivres. Pour nous tirer de là, il faut rejoindre à tout prix la Vogoulka et ensuite la suivre jusqu'à ce que nous ayons rattrapé nos compagnons. Mais allez donc retrouver, au milieu de ces marais, un ruisseau à moitié caché sous les arbres. Chacun de nous avance dans une direction donnée en restant toujours à portée de voix et en scrutant soigneusement le terrain. Une heure se passe en recherches longues et pleines d'anxiété; rien n'est signalé et le découragement s'empare de nos gens. L'agent de police se trouve mal; tout à coup un cri: un éclaireur vient de découvrir enfin la Vogoulka. Nous sommes sauvés, mais l'émotion a été grosse.

Le long de la rivière, point de sentier, il faut passer des saulaies coupées de fondrières, traverser de hautes herbes, sauter des trous, escalader des amas d'arbres déracinés enchevêtrés les uns dans les autres, partout des fossés masqués par la verdure, et pourtant personne ne tombe et ne fait de faux pas. En pareille circonstance il y a des grâces spéciales. En outre, au milieu de ces marais pensez si les moustiques sont nombreux, et pas moyen de porter de moustiquaires. Après une heure et demie de cet exercice gymnastique nous rejoignons nos compagnons et bientôt arrivons à Poupavaïa Pristane, trempés comme si nous étions tombés à l'eau, et couverts de boutons comme si nous avions eu la petite vérole.

A Poupavaïa Pristane la Vogoulka n'est séparée de la Volosnitsa, affluent navigable de la Petchora, que par une langue de terre, basse, large de 6 kilomètres. A travers la forêt, une large tranchée a été pratiquée, et une sorte de route construite pour permettre de traîner les embarcations d'une rivière à l'autre. Au milieu de l'isthme habite un paysan russe chez lequel on trouve des chevaux nécessaires pour effectuer les transports à travers le portage. A peine débarqué, un ingénieur part à la recherche de cet ermite pendant que le reste de la troupe établit le bivouac. Un grand feu est allumé; tout le monde s'étend autour, le nez dans la fumée pour se protéger contre les moustiques et l'humidité des marais. A chaque minute les chevaux peuvent arriver et dans cette pensée on n'ose mettre la marmite sur le feu. On a faim pourtant et toutes les demi-heures on prend une collation ou une tournée pour combattre l'humidité et passer le temps. Après neuf heures d'attente, à six heures du matin arrivent les véhicules destinés au transport des bagages, sous la conduite d'un cocher bancal. Le bonhomme est coiffé d'une casquette rouge, et dans le dos lui pend un énorme foulard écarlate, le tout destiné à écarter les moustiques. Les insectes, affirment les indigènes, fuient les étoffes de couleur rouge ou blanche; le noir, au contraire, les attirerait.

La station est située à trois kilomètres seulement de Poupavaïa Pristane, deux pauvres maisonnettes perdues dans la solitude de la forêt.