Par l'intermédiaire des Novgorodiens les riches pelleteries de la Permie et de la Iougrie arrivaient jusqu'à Byzance, et d'autre part de magnifiques produits de l'art grec parvenaient aux Permiens[97].

[97] Dans le gouvernement de Perm, des fouilles ont mis à jour de superbes vases en argent du style byzantin le plus pur. (Aspelin, loc. cit.)

En même temps que les Permiens commerçaient avec les pays d'Orient, ils entretenaient des relations suivies avec les Normands que leur humeur aventureuse avait conduits jusqu'à la mer Blanche. Dans les sagas scandinaves ces Finnois sont désignés sous le nom de Bjarmes et leur pays sous celui de Bjarmland. Le Bjarmland comprenait tout le nord-est de la Russie, le littoral de la mer Blanche, le bassin de la Dvina et de la Petchora et une partie de la vallée de la Kama. Sous un même nom, les Norvégiens désignaient le pays des Tchoudes Zavolotskaïens et la Permie des annalistes slaves. Dans les anciens documents scandinaves, la mer Blanche porte le nom de Gandvig et la Dvina celui de Wimr.

Les Normands remontèrent la Dvina et, soit par les portages de la Poza, soit par ceux de la Vitchegda, atteignirent la Petchora et la région avoisinant la Kama. Eux aussi étaient attirés dans cette région lointaine de la Russie par le désir de se procurer de belles fourrures. Outre les pelleteries, les Scandinaves achetaient dans le Bjarmland des marchandises d'Orient que les Permiens recevaient des Arabes et des Bulgares. Bientôt à travers ces solitudes s'ouvrit une route d'exportation pour le commerce de l'Asie. Les Permiens transportaient les marchandises à travers la région des portages, puis descendaient la Petchora ou la Dvina pour les remettre aux Scandinaves, qui les portaient ensuite dans l'Europe occidentale[98]. La plus grande partie de ce trafic devait se faire par la Dvina en empruntant le portage des Keltma et celui entre la Bérésovka et le Nem, de préférence à la route beaucoup plus longue de la Petchora. Alors comme aujourd'hui, c'était de Tcherdine que partaient les caravanes de marchandises destinées aux Normands. Sur la Dvina l'entrepôt de ce commerce était Kolmogor[99], l'Holmgaard des Scandinaves, situé à 47 milles de la mer Blanche, à une petite distance en aval du confluent de la Pinéga.

[98] Rasmussen, Essai historique et géographique sur le commerce et les relations des Arabes et des Persans avec la Russie et la Scandinavie durant le moyen âge. Journal de la Société asiatique, t. V, 1824. «Les marchandises, en remontant le Volga et la Kama, étaient transportées de la Bulgarie à Tcherdine, ancienne ville commerciale sur la Kolva. Les Bjarmiens apportaient les produits de l'Asie méridionale et ceux de leur propre pays à la Petchora et à la mer Glaciale; ils recevaient en échange des fourrures pour les habitants de l'Asie méridionale. Là ils trouvaient les Scandinaves qui faisaient voile pour le Bjarmland, c'est-à-dire la Permie, maintenant le pays d'Arkhangel.»

[99] Le premier document faisant mention de cette localité est une lettre du grand-duc Ivan Ivanovitch (1355-1359) au poradnik (gouverneur de la Dvina), mais, bien avant l'arrivée des Russes dans cette région, il y avait là un établissement florissant fréquenté par les Scandinaves et les Permiens. Early Voyages and Travels to Russia and Persia by Anthony Jenkinson, etc. Printed for the Hakluyt Society, vol. I, p. 23, n. 1.

Le premier texte relatif aux incursions des Normands dans la mer Blanche est le récit du voyage d'Othère, accompli au IXe siècle, que nous a conservé le roi d'Angleterre Alfred dans sa version du livre de Paul Orose, De miseria mundi. Mais bien avant cette date, dès le IIIe siècle, les Scandinaves auraient atteint la mer Blanche[100]. Si Othère a eu l'honneur d'être considéré comme le découvreur de cette région, cela tient à ce que, plus heureux que d'autres aventuriers, la relation de son expédition a été préservée de l'oubli grâce au roi Alfred.

[100] J.-Ch. Stuckenberg, loc. cit.

Les voyages des Normands au Bjarmland n'eurent pas toujours un caractère pacifique. Sur les bords de la mer Blanche comme ailleurs, les Scandinaves se comportèrent souvent en pirates et rançonnèrent les populations. La saga d'Harald Haarfager (IXe siècle) mentionne, par exemple, une grande victoire remportée par Eirik Haraldson sur les Bjarmes, et sous Olaf le Saint un certain Thore pilla l'idole de Iumala, la divinité des Bjarmes, statue couverte d'or et d'argent, racontent les légendes.

A partir de 1217 les Scandinaves cessèrent leurs voyages dans le Bjarmland, et, de cette époque jusqu'au voyage de l'Anglais Chancelor en 1553, la mer Blanche et la Dvina cessèrent d'être une des routes d'exportation de la Russie.