[104] S. Sommier, Un Estate in Siberia. Florence, 1883.
Les portages qui relient le bassin de la Dvina à celui de la Petchora ont conduit les Slaves dans cette dernière région.
A la fin du IXe siècle ou au commencement du Xe, les Novgorodiens pénétrèrent dans le bassin de la Dvina, habité par les Tchoudes Zavolotchskaïens, et de là s'avancèrent vers le pays des fourrures situé plus à l'est, dont l'existence leur avait été révélée par les Finnois du Volga. Pour se procurer de précieuses pelleteries ils avaient été jusque-là obligés de les acheter aux Bolgares; en gens avisés, ils préféraient les obtenir eux-mêmes.
Dès le commencement du XIe siècle les Slaves atteignirent la Petchora et tentèrent de traverser l'Oural pour atteindre la fameuse Iougrie. En 1032, ils essayèrent de franchir les «Portes de Fer», mais furent battus par les Iougriens. Parmi les historiens, l'identification de ce passage a fait l'objet de longues discussions ennuyeuses, comme toutes les dissertations de ce genre. Suivant les uns, ce nom s'appliquerait au détroit de Vaïgatche, qui sépare l'île de ce nom du continent, d'après les autres, et c'est l'explication la plus plausible, il désigne une passe de l'Oural, peut-être celle formée par la vallée de Chtchougor[105].
[105] A une petite distance du confluent de la Petchora et de la Chtchougor, se rencontre un défilé appelé encore aujourd'hui les Portes de Fer (Ouldor-Kyrta en zyriane). D'après Sjögren, le passage dont il est question ici serait situé, au contraire, beaucoup plus à l'ouest, entre la Syssola et la Vodtcha.
A la fin du XIe siècle, en 1096, la région de la Petchora était tributaire de Novgorod; quelques années plus tard la Iougrie le devint également; mais cet établissement fut de courte durée. Moins d'un siècle plus tard, en 1187, les indigènes se soulevèrent et massacrèrent les représentants de la grande république non seulement dans la Iougrie, mais encore dans les pays à l'ouest de l'Oural septentrional, jusque dans le Zavolotche. Désormais, pendant bien des années, ces régions furent perdues pour Novgorod. En 1193, la république fit une nouvelle tentative infructueuse pour rétablir son autorité dans ces pays. Cet insuccès ne découragea pas les Novgorodiens, et, en 1264, la Iougrie et le «volost de la Petchora» étaient redevenus leurs tributaires[106].
[106] S. Sommier, Sirieni, Ostiacchi e Samoiedi dell'Ob. Florence, 1887.
Après la soumission de Novgorod à Ivan le Grand, la Iougrie dut payer tribut aux princes de Moscou, mais ce ne fut pas sans résistance de la part des indigènes. En 1465 et 1483, Ivan envoya des armées au delà de l'Oural. La seconde expédition passa les monts, probablement par le seuil d'Iékatérinebourg, prit la ville de Sibir, descendit l'Irtich, puis l'Ob et ne se retira qu'après avoir obtenu la soumission des Ostiaks. L'année suivante, les princes iougriens vinrent à Moscou présenter leurs hommages au Grand-Prince[107]. Cette armée fraya la route que devait suivre Iermak un siècle plus tard.
[107] S. Sommier, ibid.
En 1499 eut lieu une troisième expédition en Iougrie. L'armée, forte de 4 000 hommes, tous montés sur des patins, partit des bouches de la Petchora, le 21 novembre, et, après deux semaines de marche, atteignit l'Oural. Au passage des monts elle culbuta une troupe de Samoyèdes et atteignit bientôt sur la haute Sygva la place forte de Liapine, dont elle s'empara. Divisés en deux corps, les envahisseurs se rendirent maîtres successivement de plus de quarante places fortifiées en faisant un grand nombre de prisonniers. L'autorité du grand-prince de Moscou était définitivement établie dans la Iougrie.