Très simples sont les engins de ces pauvres gens. Leurs pirogues sont l'enfance de l'art naval: un tronc d'arbre creusé, garni de chaque côté d'une planche fixée par des courroies. Ces frêles embarcations, les indigènes les manient avec une pagaie en restant agenouillés ou en se tenant debout au milieu de l'esquif. Point de bancs: quand le rameur est fatigué, il s'accroupit, le dos appuyé à une traverse établie à cet effet à l'arrière de la pirogue. Le moindre mouvement brusque fait chavirer le canot, mais l'adresse des bateliers est telle que les accidents sont très rares. Pour naviguer sur ces embarcations il faut avoir l'assiette du vélocipédiste ou de l'Eskimo dans son kayak. Les femmes tout comme les hommes rament ces pirogues. Leurs pagaies se distinguent par une certaine recherche d'ornementation. Le manche, peint en rouge, est découpé de losanges et percé de deux fentes traversées de petits morceaux de bois qui s'entre-choquent avec un bruit de castagnettes.

Les indigènes capturent le poisson à l'aide de nattes en osier qu'ils tendent en travers des rivières. Quelques-uns, plus élevés en civilisation, emploient des filets.

La région occupée par les Ostiaks est un des plus riches pays de fourrures de la terre. Du temps de Marco Polo, la réputation de ses pelleteries s'étendait jusqu'à la Chine. En dépit de la guerre acharnée qui leur est faite, zibelines[139], petits-gris, renards abondent dans les forêts vierges de la Sibérie occidentale. La chasse tient par suite, avec la pêche, la principale place dans l'économie domestique des indigènes. Ces produits constituent non seulement la meilleure part de leur alimentation, mais encore leurs moyens d'échange avec leurs voisins. C'est en fourrures précieuses que les Ostiaks acquittent leur tribut (iassak) aux autorités russes et c'est au moyen de pelleteries qu'ils acquièrent de la farine, des cotonnades et surtout de l'eau-de-vie. Dans la vallée de la Sygva, comme sur les bords de la Petchora, la peau de l'écureuil est l'unité monétaire. Dans le dialecte «vogoule», le vocable lin, qui signifie écureuil, est synonyme de kopek. Le mot grivna (10 kopecks) se traduit par lou lin (dix écureuils); un rouble, set lin, cent écureuils. Depuis longtemps la peau de ce petit ruminant a une valeur de beaucoup supérieure au kopek, aussi, pour éviter toute confusion, les indigènes ajoutent au vocable lin celui de doksa, emprunté aux Tatars, pour bien marquer qu'il s'agit d'argent et non réellement de pelleteries[140].

[139] D'après Poliakov, la zibeline a été exterminée dans la région comprise entre Beriosov et Obdorsk.

[140] Ahlqvist, loc. cit.

Le petit-gris est certainement le mammifère le plus prolifique. Chaque mois d'été, un couple donne naissance à une douzaine de petits, qui, à leur tour, deviennent aptes à la reproduction quatre semaines plus tard. Le célèbre naturaliste russe de Baer a calculé qu'au bout de dix ans un seul couple de ces mammifères compterait une descendance de sept milliards d'individus, à condition que tous vécussent pendant ce laps de temps[141].

[141] De Baer, in S. Sommier, loc. cit.

L'armement des indigènes est très rudimentaire. Leur engin le plus perfectionné est le fusil à pierre et tous emploient encore l'arc et les flèches. Cet arc est fait très ingénieusement de deux minces lames de bouleau et de cèdre soigneusement collées. Les flèches présentent plusieurs formes originales; les unes, destinées aux animaux de taille moyenne, sont armées de pointes en fer bifides, les autres présentent une fine pointe garnie de barbes. D'autres portent à l'extrémité une boule en os ou en bois, dont le choc est capable de tuer l'animal sans endommager la fourrure. Pour capturer le petit-gris et l'hermine, ces sauvages ont imaginé des pièges très ingénieux, des espèces d'arbalètes qu'ils fichent en terre sur les pistes suivies par ces animaux. En passant à travers une ouverture, les pauvres petites bêtes déclenchent l'arc et se trouvent prises au cou[142].

[142] Le piège destiné aux hermines se trouve figuré dans plusieurs ouvrages. Celui employé pour les écureuils n'a pas encore été représenté.

Le seul animal féroce de cette partie de la Sibérie est l'ours. Il y a quelques années encore, les Ostiaks n'hésitaient pas à l'attaquer à l'épieu; aujourd'hui ils préfèrent, non sans raison, l'emploi du fusil. Mais malheur au chasseur maladroit, s'il n'est accompagné de bons chiens qui maintiennent l'animal pendant qu'il recharge sa mauvaise arme.