[150] Les rares tambours magiques lapons conservés dans les musées d'ethnographie sont pour la plupart oblongs et couverts de dessins grossiers représentant les esprits. Ceux des Ostiaks et des Samoyèdes sont ronds et sans ornementation. Les chamans les font résonner à l'aide d'une baguette en os garnie de peau de renne.

Après une courte navigation, les bateliers nous arrêtent brusquement devant un bout de forêt. Nous débarquons, et un sentier embroussaillé nous conduit au keremet. Au milieu d'une clairière, une barricade de pieux surmontés de chiffons, et dans un coin un petit édicule: voilà le temple et les idoles des indigènes.

Aux âges primitifs, les diverses tribus finnoises ont eu de pareils sanctuaires. Ainsi les Esthoniens, qui sont aujourd'hui un peuple civilisé, ont jadis partagé les croyances des Ostiaks. Suivant un traité d'idolâtrie composé en 1517 par le moine allemand Léonard Rubenus, ces Finnois consacraient à leurs divinités des arbres élevés qu'ils décoraient de pièces d'étoffes suspendues aux branches[151].

[151] Baudrillart, Dictionnaire général des eaux et forêts, 1823 t. I, p. 6.

Bois sacré ostiak.

La gravure ci-contre, représentation exacte de ce lieu de sacrifice, dispense de toute description. On dirait un reposoir, avec d'autant plus de vraisemblance qu'il est surmonté d'une croix. Une cabane située à gauche de l'échafaudage de chiffons est construite sur le même modèle que les njalla des Lapons[152]. Elle est juchée sur un tronc d'arbre à 1 m. 40 au-dessus du sol; on y accède par une planche garnie de grossières encoches en guise de marches. Ce cabanon renferme les images des divinités, deux grosses poupées formées de guenilles de diverses couleurs enroulées les unes autour des autres. Le visage du dieu est fait d'un morceau d'étoffe jaune, percé de quatre trous figurant le nez, les yeux et la bouche. A côté de ces idoles sont déposés deux paquets de flèches entourés de mouchoirs rouges, de cordons garnis de bagues en cuivre, et de grelots, un morceau de schiste micacé que ses facettes brillantes ont dû faire prendre pour quelque pierre précieuse, enfin des pieds de chevaux. Dans les idées des Ostiaks, les chevaux sont particulièrement agréables aux divinités, et lors des grandes fêtes, ils en sacrifient toujours à leurs dieux. A leurs yeux, le cheval blanc est un animal sacré.

[152] Petits magasins épars dans les forêts, où ces nomades font des dépôts de vivres et d'approvisionnements.

Généralement les images des dieux ostiaks sont de simples morceaux de bois grossièrement entaillés en forme de figures humaines. De simples incisions indiquent les yeux et la bouche. D'après Ahlqvist, la tête de certaines idoles serait garnie de plaques d'argent ou de plomb. Les indigènes se procureraient ces métaux par l'entremise des marchands russes, qui les achèteraient eux-mêmes à la grande foire d'Irbit.

Dans leurs sanctuaires, les Ostiaks déposent en guise d'ex-voto des fourrures précieuses et des pièces de monnaie. Il y a trois ans, divers objets en argent, d'une très grande valeur archéologique, provenant d'un bois sacré, ont été trouvés chez un indigène de Liapine. C'étaient cinq assiettes, un plat carré et deux tablettes ornées de gravures figurant des scènes de la vie des naturels. L'une des plaques représentait un pêcheur et un archer tirant des rennes. Cette orfèvrerie, d'un fini merveilleux et d'un dessin irréprochable, est, suivant toute vraisemblance, une œuvre permienne. Ces Finnois ont été des ouvriers en métaux d'un goût artistique véritablement étonnant.