«Nous avons ainsi découvert une route directe de Rio-Grande au lac Fagnano, déterminé la position du lac Solier et exploré à tous les points de vue l'itinéraire suivi. Il n'eût servi de rien de poursuivre notre marche vers l'Ouest, et rapidement nous rebroussâmes chemin vers la côte Est. Le 31 janvier, nous arrivions à Rio-Grande et le 8 février, à Páramo.»

CHAPITRE III

A la recherche du lac Fagnano.

Le 16 février, le vapeur Condor amenait Ohlin à Páramo; immédiatement Nordenskjöld s'embarquait sur ce navire et gagnait Punta-Arenas où il arrivait le 29 février.

De là les explorateurs suédois se proposaient d'atteindre le lac Fagnano par le canal de l'Amirauté, afin de poursuivre, sur les bords de cette nappe, les recherches qu'ils avaient entamées sur le versant Est de la Cordillère des Andes. Avec la plus grande amabilité le gouverneur chilien mit à leur disposition le Condor, mais les jours passaient et jamais il n'était question du départ du navire. Un beau soir, cependant, Nordenskjöld fut prévenu que le vapeur appareillerait le lendemain matin à huit heures. Il n'y avait pas une minute à perdre pour être prêt à l'heure dite; toute la nuit fut consacrée à faire le paquetage; mais, comme il arrive souvent en pareil cas, on oublia les choses les plus essentielles; c'est ainsi qu'une fois en mer on s'aperçut que l'on avait laissé à terre la provision de viande.

En quittant Punta-Arenas, on suit la côte Nord-Ouest de la Terre de Feu. Un paysage lugubre, un horizon de rochers nus; pas la moindre trace de végétation. Au delà de la Bahia Inutil, la scène change, et bientôt se découvre un panorama merveilleux. Non, les récits des voyageurs n'ont point exagéré la beauté grandiose de la côte occidentale de la pointe suprême de l'Amérique du Sud. C'est le sublime poignant qui émeut et étreint même les plus rebelles aux sensations que donne la nature. La mer pénètre au milieu des terres en un fjord encore plus grandiose que ceux de Norvège. Le canal de l'Amirauté est long de soixante kilomètres et large de cinq environ. A mesure que l'on avance, le chenal se resserre; une impression de grand lac au milieu de montagnes. A l'Ouest les cimes neigeuses des îles Dawson et Wickham; à l'Est, une chaîne de montagnes dont les sommets, d'abord mous et fuyants, se transforment peu à peu en aiguilles décharnées; enfin au Sud un massif de colosses neigeux.

GLACES FLOTTANTES DANS LES CANAUX OUEST DE LA PATAGONIE

Le 24 février au soir, le Condor arrivait à l'embouchure de l'Azopardo, l'émissaire du lac Fagnano; le lendemain, les explorateurs débarquaient. Les provisions et les instruments chargés sur un canot, immédiatement Nordenskjöld et Ohlin se mirent en devoir de remonter l'Azopardo, en halant leur embarcation à la corde. Le premier jour, tout marcha pour le mieux, mais le lendemain la situation changea. La rivière devenant très rapide entre des rives escarpées, couvertes d'une végétation presque impénétrable, seulement au prix d'un labeur épuisant il était possible de gagner quelques mètres.

A chaque pas, le passage est barré par des troncs, et nulle part le pied n'est solide, heurtant à tout moment des souches mortes, pourries, recouvertes de mousses glissantes. Au milieu de ce fouillis de branchages le halage du canot est épuisant. Néanmoins, trois jours durant, les explorateurs s'acharnent à ce travail.