[Note 278: ][ (retour) ] C'est une petite rivière de l'Italie, dans la Lombardie.

= C'est une grande rivière qui sort du lac Majeur, et se jette dans le Pô.--L.

Combat de cavalerie près du Tésin.

Polyb. l. 3, p. 214-218. Liv. lib. 21, n. 39-47. Les armées étant en présence, les chefs de part et d'autre haranguent leurs soldats avant que d'en venir aux mains. Scipion [279], après avoir représenté à ses troupes la gloire de leur patrie et les exploits de leurs ancêtres, les avertit que la victoire est entre leurs mains, puisqu'ils n'auront affaire qu'à des Carthaginois, si souvent vaincus, réduits à être leurs tributaires pendant vingt ans, et accoutumés depuis long-temps à être presque leurs esclaves; que l'avantage qu'ils ont remporté contre l'élite de la cavalerie carthaginoise [280] est un gage assuré du succès du reste de toute la guerre; qu'Annibal, au passage des Alpes, vient de perdre la meilleure partie de son armée; que ce qui lui en reste est épuisé par la faim, le froid, les fatigues et la misère; qu'il leur suffira de se montrer pour mettre en fuite des troupes qui ressemblent plus à des spectres qu'à des hommes; qu'enfin la victoire est devenue nécessaire, non-seulement pour couvrir l'Italie, mais pour sauver Rome même, du sort de laquelle le combat va décider, et qui n'a point d'autre armée à opposer aux ennemis.

[Note 279: ][ (retour) ] Il avait débarqué à Pise, en Étrurie, ramenant ses troupes de Marseille (v. plus haut, p. 287).

[Note 280: ][ (retour) ] Scipion veut parler du succès des 300 cavaliers romains contre les 500 cavaliers numides, envoyés par Annibal en reconnaissance, lors du passage du Rhône (v. plus haut, p. 285).--L.

Annibal, pour se mieux faire entendre à des soldats d'un esprit grossier, parle à leurs yeux avant que de parler à leurs oreilles, et ne songe à les persuader par des raisons qu'après les avoir remués par le spectacle. Il offre des armes à plusieurs des prisonniers montagnards, les fait combattre deux à deux à la vue de son armée, promettant la liberté et des présents magnifiques à ceux qui sortiraient vainqueurs. La joie avec laquelle ces barbares courent au combat sur de pareils motifs donne occasion à Annibal de tracer plus vivement à ses gens, par ce qui vient de se passer à leurs yeux, une image sensible de leur situation présente, qui, en leur ôtant tous les moyens de reculer en arrière, leur impose une nécessité absolue de vaincre ou de mourir, pour éviter les maux infinis préparés à ceux qui seront assez lâches pour céder aux Romains. Il étale à leurs yeux la grandeur des récompenses, la conquête de toute l'Italie, le pillage de Rome, cette ville si riche et si opulente, une victoire illustre, une gloire immortelle. Il rabaisse la puissance romaine, dont le vain éclat ne doit point éblouir des guerriers comme eux, qui sont venus des colonnes d'Hercule jusque dans le cœur de l'Italie, au travers des nations les plus féroces. Pour ce qui le regarde personnellement, il ne daigne pas se comparer avec un Scipion, général de six mois, lui, presque né, du moins nourri, dans la tente d'Amilcar son père; vainqueur de l'Espagne, de la Gaule, des habitants des Alpes, et, ce qui est beaucoup plus, vainqueur des Alpes mêmes. Il excite leur indignation contre l'insolence des Romains, qui ont osé demander qu'on le leur livrât avec les soldats qui avaient pris Sagonte; et il pique leur jalousie contre l'orgueil insupportable de ces maîtres impérieux, qui croient que tout leur doit obéir, et qu'ils ont droit d'imposer des lois à toute la terre.

Après ces discours de part et d'autre, on se prépare au combat. Scipion, ayant jeté un pont sur le Tésin, fit passer ses troupes. Deux mauvais présages avaient jeté le trouble et l'alarme dans son armée. Les Carthaginois étaient pleins d'ardeur: Annibal leur fait de nouvelles promesses; et, ayant fendu avec une pierre la tête de l'agneau qu'il immolait, il prie Jupiter de l'écraser de même, s'il ne donnait à ses soldats les récompenses qu'il venait de leur promettre.

Scipion fait marcher à la première ligne les gens de trait avec la cavalerie gauloise, forme la seconde ligne de l'élite de la cavalerie des alliés, et avance au petit pas. Annibal marche au-devant de lui avec toute sa cavalerie, plaçant au centre la cavalerie à frein, et la numide [281] sur les ailes, pour envelopper l'ennemi. Les chefs et la cavalerie ne demandant qu'à combattre, on commence à charger. Au premier choc, les soldats de Scipion, armés à la légère, eurent à peine lancé leurs premiers traits, qu'épouvantés par la cavalerie carthaginoise, qui venait sur eux, et craignant d'être foulés aux pieds par les chevaux, ils plièrent, et s'enfuirent par les intervalles qui séparaient les escadrons. Le combat se soutint long-temps à forces égales: de part et d'autre beaucoup de cavaliers mirent pied à terre, de sorte que l'action devint d'infanterie comme de cavalerie. Pendant ce temps-là les Numides enveloppent l'ennemi, et fondent par les derrières sur ces gens de trait qui d'abord avaient échappé à la cavalerie, et les écrasent sous les pieds de leurs chevaux. Les troupes qui étaient au centre des Romains avaient combattu jusque-là avec beaucoup de valeur: de part et d'autre il était resté sur la place bien du monde, et plus même du côté des Carthaginois; mais les troupes romaines furent mises en désordre par l'attaque des Numides, qui les prirent en queue, et sur-tout par la blessure du consul, qui le mit hors d'état de combattre: ce général fut tiré des mains des ennemis par le courage de son fils, qui n'avait pour-lors que dix-sept ans, et qui mérita ensuite le surnom d'Africain, pour avoir terminé glorieusement cette guerre.

[Note 281: ][ (retour) ] Les Numides ne mettaient à leurs chevaux ni frein, ni bride, ni selle.

= Il paraît que leurs chevaux n'avaient qu'une muserolle, à laquelle était attachée une bride. C'est là ce que Virgile a entendu par Numidæ infreni (Æneid. IV, 41).--L.

Le consul, blessé dangereusement, se retira en bon ordre, et fut conduit dans son camp par un gros de cavaliers qui le couvraient de leurs armes et de leurs corps: le reste des troupes l'y suivit. Il se hâta d'arriver au Pô, le fit passer à son armée, et rompit le pont: ce qui empêcha Annibal de l'atteindre.