[Note 15: ][ (retour) ] «Id in quoque corrigendum, quod pravum est; quod autem rectum est, approbandum.» (De Bapt. cont. Donat. lib. 7, cap. 16.)

Nous devons craindre, nous sur-tout qui, par l'engagement même de notre profession, sommes continuellement nourris de la lecture des auteurs païens, de trop entrer dans leur esprit, d'adopter, sans presque nous en apercevoir, leurs sentiments en louant leurs héros, et de donner dans des excès qui ne leur paraissaient pas tels, parce qu'ils ne connaissaient point de vertus plus pures. Des personnes, dont j'estime l'amitié, comme je le dois, et dont je respecte les lumières, ont trouvé ce défaut dans quelques endroits de l'ouvrage que j'ai donné au public sur l'éducation de la jeunesse, et ont cru que j'avais poussé trop loin la louange des grands hommes du paganisme. Je reconnais en effet qu'il m'est échappé quelquefois des termes trop forts, et qui ne sont pas assez mesurés. Je pensais qu'il suffisait d'avoir inséré dans chacun des deux volumes qui composent cet ouvrage plusieurs correctifs, sans qu'il fût besoin de les répéter, et d'avoir établi en différents endroits les principes que les pères nous fournissent sur cette matière, en déclarant, avec saint Augustin, que, sans la véritable piété, c'est-à-dire, sans le culte sincère du vrai Dieu, il n'y a point de véritable vertu, et qu'elle ne peut être telle quand elle a pour objet la gloire humaine; vérité, dit ce père, qui est incontestablement reçue par tous ceux qui ont une vraie et solide piété. De Civit. Dei, lib. 5, cap. 19. Illud constat inter omnes veraciter pios, neminem sine vera pietate, id est, veri Dei vero cultu, veram posse habere virtutem; nec eam veram esse, quando gloriæ servit humanæ.

Tom. 2, pag. 344. Quand j'ai dit que Persée n'avait pas eu le courage de se donner la mort, je n'ai point prétendu justifier la pratique des païens, qui croyaient qu'il leur était permis de se faire mourir eux-mêmes, mais simplement rapporter un fait, et le jugement qu'en avait porté Paul Émile. Un léger correctif, ajouté à ce récit, aurait ôté toute équivoque et tout lieu de plainte.

L'ostracisme employé à Athènes contre les plus gens de bien, le vol permis, ce semble, par Lycurgue à Sparte, l'égalité des biens établie dans la même ville par voie d'autorité, et d'autres endroits semblables, peuvent souffrir quelques difficultés. J'y ferai une attention particulière dans le temps, lorsque la suite de l'Histoire me donnera lieu d'en parler, et je profiterai avec joie des lumières que des personnes éclairées et sans prévention voudront bien me communiquer.

Dans un ouvrage comme celui que je commence à donner au public, destiné particulièrement à l'instruction des jeunes gens, il serait à souhaiter qu'il ne s'y trouvât aucun sentiment, aucune expression qui pût porter dans leur esprit des principes faux ou dangereux. En le composant, je me suis proposé cette maxime, dont je sens toute l'importance: mais je suis bien éloigné de croire que j'y aie toujours été fidèle, quoique ç'ait été mon intention; et j'aurai besoin en cela, comme en beaucoup d'autres choses, de l'indulgence des lecteurs.

PARAGRAPHE II.

Observations particulières sur cet ouvrage.

Le volume que je donne ici au public est le commencement d'un ouvrage où je me propose d'exposer l'Histoire ancienne des Égyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, tant de Ninive que de Babylone, des Mèdes et des Perses, des Macédoniens et des différents états de la Grèce.

Comme j'écris principalement pour les jeunes gens, et pour des personnes qui ne songent point à faire une étude profonde de l'Histoire ancienne, je ne chargerai point cet ouvrage d'une érudition qui pourrait naturellement y entrer, mais qui ne convient point au but que je me propose. Mon dessein est, en donnant une histoire suivie de l'antiquité, de prendre dans les auteurs grecs et latins ce qui me paraîtra de plus intéressant pour les faits, et de plus instructif pour les réflexions.

Je souhaiterais pouvoir éviter en même temps et la stérile sécheresse des abrégés, qui ne donnent aucune idée distincte, et l'ennuyeuse exactitude des longues histoires, qui accablent un lecteur. Je sens bien qu'il est difficile de prendre un juste milieu, qui s'écarte également des deux extrémités; et quoique, dans les deux parties d'histoire qui font la moitié de ce premier volume, j'aie retranché une grande partie de ce qui se rencontre dans les Anciens, je ne sais si on ne les trouvera pas encore trop étendues: mais j'ai craint d'étrangler les matières en cherchant trop à les abréger. Le goût du public deviendra ma règle, et je tâcherai dans la suite de m'y conformer.