Toute l'Égypte était pleine de ces sortes d'obélisques. Ils étaient pour la plupart taillés dans les carrières de la haute Égypte, où l'on en trouve encore qui sont à demi taillés. Mais ce qu'il y a de plus admirable, c'est que les anciens Égyptiens avaient su creuser jusque dans la carrière un canal, où montait l'eau du Nil dans le temps de son inondation; d'où ensuite ils enlevaient les colonnes, les obélisques, et les statues sur des radeaux [35] proportionnés à leur poids, pour les conduire dans la basse Égypte [36]. Et, comme le pays était tout coupé d'une infinité de canaux, il n'y avait guère d'endroits où ils ne pussent transporter facilement ces masses énormes, dont le poids aurait fait succomber toute autre sorte de machines.
[Note 35: ][ (retour) ] Le radeau est un assemblage de plusieurs pièces de bois plates, qui sert à voiturer des marchandises sur une rivière.
[Note 36: ][ (retour) ] Le procédé employé par les Égyptiens, et dont Rollin ne donne pas une idée assez précise, mérite bien d'être rapporté ici. Lorsque Ptolémée Philadelphe voulut faire transporter à Alexandrie un obélisque de 80 coudées (42 mètres 160 millim.), que le roi Nectanebis avait fait tailler autrefois, Callisthène dit qu'on creusa d'abord un canal qui, partant du Nil, allait passer sous l'obélisque qu'on voulait enlever. On construisit ensuite deux barques qu'on remplit de pierres dont la masse était double de celle de l'obélisque. Cette pesante charge les fit enfoncer dans l'eau assez profondément pour qu'elles pussent être conduites sous l'obélisque, qui se trouvait couché en travers du canal, ayant ses extrémités appuyées sur les deux bords. Ensuite on vida les bâtiments de toutes les pierres qu'ils contenaient. Dégagés de ce poids, ils soulevèrent nécessairement l'obélisque, qu'il fut aisé de conduire au lieu de sa destination (lib. 36, c. 9.). Ce procédé ingénieux, analogue à celui que nous employons pour remettre à flot les vaisseaux submergés, explique comment les Égyptiens ont pu transporter d'un bout de l'Égypte à l'autre d'énormes fardeaux, tels que les temples monolithes, ou d'une seule pierre.--L.
§ II. Pyramides.
Une pyramide est un corps solide ou creux, qui a une base large et ordinairement carrée, qui se termine en pointe.
Herodot., lib. 2, c. 124, etc. Il y avait en Égypte trois pyramides plus célèbres que toutes les autres, qui, selon Diodore de Sicile, ont mérité Diod. lib. 1, p. 39-41.
Plin. lib. 36, cap. 12. d'être mises au nombre des sept merveilles du monde. Elles n'étaient pas fort éloignées de la ville de Memphis [37]. Je ne parlerai ici que de la plus grande des trois. Elle était, comme les autres, bâtie sur le roc qui lui servait de fondement, de figure carrée par sa base, construite au-dehors en forme de degrés [38], et allait toujours en diminuant jusqu'au sommet. Elle était bâtie de pierres d'une grandeur extraordinaire, dont les moindres étaient de trente pieds, travaillées avec un art merveilleux, et couvertes de figures hiéroglyphiques. Selon plusieurs des anciens auteurs, chaque côté avait huit cents pieds de largeur, et autant de hauteur [39]. Le haut de la pyramide, qui d'en bas semblait être une pointe, une aiguille, était une belle plate-forme de dix ou douze grosses pierres, et chaque côté de cette plate-forme était de seize à dix-sept pieds.
[Note 37: ][ (retour) ] Elles en étaient à 120 stades (DIOD. SIC. 1, § 63.).--L.
[Note 38: ][ (retour) ] Autrefois les degrés étaient recouverts et cachés par un revêtement qui a tout-à-fait disparu: aussi était-il fort difficile d'arriver au sommet, comme Pline le donne à entendre (lib. 36, c. 12; cf. Silv. de Sacy, Trad. d'Abdallatif, p. 216). J'ai expliqué ailleurs ce revêtement (Recherches critiques sur Dicuil., pag. 101 et suiv.).--L.
[Note 39: ][ (retour) ] Les anciens ne sont point d'accord sur les dimensions de la grande pyramide. On peut voir leurs textes dans M. Larcher (Traduction d'Hérodote, tom. II, pag. 440.).--L.
Voici la mesure qu'en a donnée feu M. de Chazelles [40], de l'Académie des Sciences, qui avait été exprès sur les lieux en 1693: