Le côté de la base, qui est tout carré 110 toises.
Ainsi la superficie de la base est de 12,100 tois. carrées.
Les faces sont des triangles équilatéraux.
La hauteur perpendiculaire. 77 toises 3/4.
Et la solidité. 313,590 toises cubes.

[Note 40: ][ (retour) ] Les mesures trigonométriques prises par M. Nouet diffèrent un peu de celles de M. de Chazelles.

Mètr. Cent.
La base est de 227 25
La hauteur perpendiculaire
jusq'à la plate-forme actuelle, de 136 95
L'inclinaison des faces sur
le plan, de 51° 33' 44"

Au témoignage de Diodore, la pyramide n'était pas terminée tout-à-fait en pointe: la plate-forme supérieure avait six coudées, ou trois mètres 162 mill. de côté (DIOD. SIC. I, § 63); d'une autre part, on a la preuve que le revêtement était de 2 mètres 710 mill.: on a donc pour la base 232 mètres 67 cent., ou 119 toises; et pour la hauteur 144 mètres, 60 cent., ou 75 toises. Il s'ensuit que la solidité de la pyramide est d'environ 2,620,000 mètres cubes.

Voici les dimensions des deux autres pyramides construites, l'une par Mycérinus, l'autre par Chéphren:

Base. Haut. Solidité.
Mycér. 103 1 53 193,000 mètres cub.
Chéph. 207 1 132 1,880,000

Ainsi la solidité des trois pyramides est égale à 4,690,000 mètres cubes. En supposant qu'avec les pierres qui entrent dans ces trois édifices on voulût construire une muraille de trois mètres (environ 9 pieds) de haut, et de 1/3 de mètre (environ 1 pied d'épaisseur), on pourrait lui donner 469 myriamètres ou 1054 lieues de longueur; c'est-à-dire, qu'elle serait assez longue pour traverser l'Afrique depuis Alexandrie jusqu'à la côte de Guinée. Ces calculs sont propres à donner une idée de l'immensité du travail que ces monuments ont exigé.--L.

Cent mille ouvriers travaillaient à cet ouvrage, et de trois mois en trois mois un pareil nombre leur succédait. Dix années entières furent employées à couper les pierres, soit dans l'Arabie, soit dans l'Éthiopie, et à les voiturer en Égypte; et vingt autres années à construire ce vaste édifice, qui au-dedans avait une infinité de chambres et de salles. On avait marqué sur la pyramide, en caractères égyptiens, ce qu'il avait coûté simplement pour les aulx, les poireaux, les ognons, et autres pareils légumes fournis aux ouvriers, et cette somme montait à seize cents talents d'argent, [41] c'est-à-dire, quatre millions cinq cent mille livres; d'où il était facile de conjecturer combien pour tout le reste la dépense était énorme.

[Note 41: ][ (retour) ] 8,800,000 francs, s'il s'agit de talents attiques; ce qui est douteux.--L.

Telles étaient les fameuses pyramides d'Égypte, qui, par leur figure, autant que par leur grandeur, ont triomphé du temps et des barbares. Mais, quelque effort que fassent les hommes, leur néant paraît partout. Ces pyramides étaient des tombeaux, et l'on voit encore aujourd'hui, au milieu de celle qui était la plus grande, un sépulcre [42] vide, taillé tout entier d'une seule pierre, qui a de largeur et de hauteur environ trois pieds, sur un peu plus de six pieds de longueur. Voilà à quoi se terminaient tant de mouvements, tant de dépenses, tant de travaux imposés à des milliers d'hommes pendant plusieurs années, à procurer à un prince, dans cette vaste étendue et cette masse énorme de bâtiments, un petit caveau de six pieds. Encore les rois qui ont bâti ces pyramides n'ont-ils pas eu le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pas joui de leur sépulcre. La haine publique qu'on leur portait, à cause des duretés inouïes qu'ils avaient exercées contre leurs sujets en les accablant de travaux, les obligea de se faire inhumer dans des lieux inconnus, afin de dérober leurs corps à la connaissance et à la vengeance des peuples.

[Note 42: ][ (retour) ] Strabon parle de ce sépulcre, liv. 17, p. 808.

== M. Belzoni, qui vient de pénétrer dans la seconde pyramide, y a trouvé également un tombeau.--L.

Diod. lib. 1, pag. 46. Cette dernière circonstance, que les historiens ont soigneusement remarquée, nous apprend quel jugement nous devons porter de ces ouvrages si vantés dans l'antiquité. Il est raisonnable d'y remarquer et d'y estimer le bon goût des Égyptiens par rapport à l'architecture, qui les porta dès le commencement, et sans qu'ils eussent encore de modèles qu'ils pussent imiter, à viser en tout au grand, et à s'attacher aux vraies beautés, sans s'écarter jamais d'une noble simplicité, en quoi consiste la souveraine perfection de l'art. Mais quel cas doit-on faire de ces princes qui regardaient comme quelque chose de grand de faire construire, à force de bras et d'argent, de vastes bâtiments, dans l'unique vue d'éterniser leur nom, et qui ne craignaient point de faire périr des milliers d'hommes pour satisfaire leur vanité? Ils étaient bien éloignés du goût des Romains, qui cherchaient à s'immortaliser par des ouvrages magnifiques, mais consacrés à l'utilité publique.

Lib. 36, cap. 12. Pline nous donne en peu de mots une juste idée de ces pyramides en les appelant une folle ostentation de la richesse des rois, qui ne se termine à rien d'utile: regum pecuniæ otiosa ac stulta ostentatio; et il ajoute que c'est par une juste punition que leur mémoire a été ensevelie dans l'oubli, les historiens ne convenant point entre eux du nom de ceux qui ont été les auteurs d'ouvrages si vains: inter eos non constat à quibus factæ sint, justissimo casu obliteratis tantæ vanitatis auctoribus. En un mot, selon la remarque judicieuse de Diodore, autant l'industrie des architectes est louable et estimable dans ces pyramides, autant l'entreprise des rois est-elle digne de blâme et de mépris.

Mais ce que nous devons le plus admirer dans ces anciens monuments, c'est la preuve certaine et subsistante qu'ils nous fournissent de l'habileté des Égyptiens dans l'astronomie, c'est-à-dire dans une science qui semble ne pouvoir se perfectionner que par une longue suite d'années et par un grand nombre d'expériences. M. de Chazelles, en mesurant la grande pyramide dont nous parlons, trouva que les quatre côtés de cette pyramide étaient exposés précisément aux quatre régions du monde, et par conséquent marquaient la véritable méridienne de ce lieu [43]. Or, comme cette exposition si juste doit, selon toutes les apparences, avoir été affectée par ceux qui élevaient cette grande masse de pierres il y a plus de trois mille ans, il s'ensuit que, pendant un si long espace de temps, rien n'a changé dans le ciel à cet égard, ou (ce qui revient au même) dans les pôles de la terre, ni dans les méridiens. C'est M. de Fontenelle qui fait cette remarque dans l'éloge de M. de Chazelles.

[Note 43: ][ (retour) ] Les savants Français ont trouvé que l'orientement de la pyramide n'est exact qu'à environ 18' près; ce qui est déjà une précision étonnante: car nos astronomes reconnaissent qu'il est fort difficile de tracer une méridienne de plus de 700 pieds de longueur, à 18' près, quand on ne peut se guider que sur des alignements. D'ailleurs, la difficulté de tracer une parallèle exacte à la base de la pyramide, dans l'état où se trouve ce monument, laisse encore beaucoup d'incertitude sur l'observation de M. de Chazelles et sur celle de M. Nouet. Toujours est-il certain que les Égyptiens savaient mettre une grande précision dans les travaux de ce genre.